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Salon du Bourget - juin 2011

Homélie du 26 juin 2011 au Bourget

Mgr Luc Ravel évêque aux armées

Nous voici au salon du Bourget, au cœur d’un événement formidable, dans un lieu de mémoire où se construit le temps de l’avenir. On se bouscule ici pour revivre ce dernier siècle qui a vu naître la conquête de la troisième dimension, celle qui, de la terre, nous conduit jusque dans l’espace. Mais on vient aussi ici aujourd’hui pour être acteur ou spectateur de ce qui sera nos aéronefs du siècle qui commence.

Rares sont les secteurs de l’industrie et de la recherche qui voient confluer ensemble autant de technique et d’humain. Sans la machine, en effet, l’homme n’aurait pu apprivoiser cette troisième dimension et tracer dans l’espace ces trajectoires qui l’emporteront peut être à des distances considérable de la terre, sa native patrie. Mais nous n’oublierons jamais l’homme au cœur de cette technique dont il est la source. Certains sont pétrifiés par les étonnantes avancées de la science et de la technique au point d’en oublier l’homme : et les voilà en train de rêver un monde où l’homme deviendrait un simple spectateur de l’activité inlassable des machines qui, à terme, se posteraient en concurrentes si l’on s’en tient à certains films…

Aucun parmi nous, s’il a un tant soit peu confié sa vie à une de ces prodigieuses machines volantes, ne se trompent sur ce point : la personne humaine, avec toutes ses limites et ses défaillances, demeure au centre et au sommet de cet univers fait de beautés naturelles éclatantes et de réalisations techniques époustouflantes.

Voilà notre souci quotidien dont aucune fascination pour la technique ne nous fera dévier : l’homme. L’homme vers qui converge nos regards et que nous aimons tel qu’il est. L’homme à qui Dieu s’intéresse infiniment. L’homme pour qui nous avons toujours un a priori favorable même si nous avons sous les yeux l’évidence de ses déviances horribles : perversité et folie personnelle ou collective peuplent notre histoire et, peut être, hantent nos nuits. Nous restons tout à fait lucides sur la vigueur du mal.

Mais à l’image du Seigneur Jésus, nous n’arrêterons jamais de grandir l’homme, de le nourrir, de le sauver. Au lieu de nous apitoyer, de nous plaindre et de nous retirer de ce champ des difficultés humaines, nous essayons, pas à pas, peu à peu de lui offrir une possibilité de changer, de s’améliorer, de vivre saint et heureux.

Voilà notre projet de chrétiens puisque c’est celui du Christ : il veut que nous ayons la vie en nous. Il est venu pour que nous vivions et que nous ayons la vie en plénitude.

Dans l’évangile de ce jour, nous entendons le même refrain : « si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. » Il vivra d’une vie que la mort n’arrête pas, que le temps ne mord pas. « Ma chair donnée pour que le monde est la vie. »

Ces mots nous arriment à la confiance : confiance qu’une force immense nous veut du bien, qu’une énergie divine nous veut en vie. Si nous perdons tout de la terre, il nous reste le Tout de Dieu.

Regardons notre vie : comment coule t-elle en nous ? Avec force ? Avec retenue ? Examinons nos mots à partir de la question souvent posée concernant nos biens matériels : vaut-il mieux être bien que d’avoir des biens ? Etre ou avoir ? Or pour la vie la question se pose ainsi : être en vie ou avoir la vie ? « Vous n’aurez pas la vie en vous… » : Jésus pose le problème en terme d’avoir la vie.

D’habitude, il vaut mieux être que avoir : être bien qu’avoir du bien car c’est à son bonheur qu’on pèse un homme pas à son portefeuille.

Mais être en vie signifie clairement : avoir réchappé à la mort. Serions-nous simplement des rescapés de la mort, des miraculés de l’existence ? Certes, si déjà nous en avions conscience alors que tant d’hommes se plaignent de leur malheur sans réaliser qu’ils auraient déjà pu être six pieds sous terre. Reconnaissons que si nous sommes encore là, c’est peut être grâce àla Providence, grâce à Dieu…

Mais il y a donc mieux que de se savoir en vie : c’est de vivre plus fort que la survie que nous nous offrons à nous-mêmes lorsque nous fonctionnons au plus juste de la vie, lorsque nous nous enfermons dans des distractions dérisoires, nageant péniblement d’une divertissement à l’autre, sans essayer de voir plus loin que la motivation du jour qui tourne autour du sport ou du jeu.

Avoir la vie en moi signifie donc : avoir plus de vitalité, d’envie de vie, de rires et de joies, de service et d’émotions. Avoir la vie équivaut à en déborder et non plus la garder en soi de peur d’en manquer pour soi.

Voilà ce que nous propose Dieu dans sa parole et dans la fête de ce jour :

Prends mon corps pour que la vie déborde en toi. Ne reste pas en vie mais aie la vie puissante en toi. Mange ma chair et bois mon sang et tu vivras au-dessus de tes seuls moyens humains. De toi rayonneront une paix et une joie que le monde t’enviera. Tel est le mystère de la messe.

Si nous n’aimons pas la vie, la messe ne nous intéresse pas. Mais si la vie monte en nous comme une soif et un appel, si la recherche du bonheur nous fait vibrer alors la messe nous sera la source auprès de laquelle nous irons comme des mendiants affamés.

Que tous puissent un jour le vivre. Amen.