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Fête d'armes, un peu d'histoire !
INTRODUCTION : LES FETES D’ARMES ET DE SERVICES L’ORIGINE DU “ 2 S ” (2 décembre) SAINT MAURICE, patron de l'infanterie ( 22 septembre) COMMEMORATION DE LA BATAILLE DE SIDI-BRAHIM (23 septembre) COMMEMORATION DE CAMERONE (30 avril) SAINT ANTOINE, patron de la Légion (17 janvier) SAINT MICHEL archange, patron des parachutistes (29 septembre) COMMEMORATION DE BAZEILLES (31 août) SAINT GEORGES, patron de l'arme blindée et de la cavalerie (23 avril) SAINTE BARBE, patronne des artilleurs et des sapeurs (4 décembre) SAINT BERNARD DE MENTHON, patron des troupes de montagne (28 mai) SAINT-GABRIEL archange, patron des transmissions ( 29 septembre) SAINT ELOI, patron du matériel, des mécaniciens de l'air et de la marine (1er décembre) COMMEMORATION DE LA CREATION DE L'ARME DU TRAIN (26 mars) SAINT-CHRISTOPHE, patron du train ( 25 juillet) SAINT AMBROISE, patron du cadre spécial (7 décembre) SAINT JEAN à la porte latine ou SAINT JEAN des imprimeurs (6 mai) SAINT-RAPHAEL archange, patron du renseignement ( 29 septembre) SAINT MARTIN DE TOURS, patron du commissariat (11 novembre) SAINT JOSEPH DE CUPERTINO ou COPERTINO (18 septembre) NOTRE-DAME DE LORETTE (10 décembre) LA MARINE NATIONALE ET LA VIERGE MARIE ASSOMPTION DE LA VIERGE MARIE (15 août) SAINTE GENEVIÈVE, patronne de la gendarmerie (26 novembre) SAINT-LUC , patron du service de santé(18 octobre) SAINT COME ET SAINT DAMIEN ( 26 septembre) SAINT CAMILLE DE LELLIS ( 18 juillet) JOURNEE DE PRIERE POUR LA PAIX (1er janvier) COMMEMORATION DE BIR-HAKEIM (10 juin) COMMEMORATION DES FIDELES DEFUNTS ( 2 novembre) COMMEMORATION DE L’ARMISTICE DE LA PREMIERE GUERRE MONDIALE ( 11 novembre)
(Extraits du "livre de l'aumônier", rédigé par l'aumônier André Glantenet)
Les militaires sont attachés à leurs traditions, et notamment à leurs fêtes. Ils y voient à juste titre un moyen pour favoriser la cohésion des unités. Certaines de ces fêtes célèbrent le souvenir des vertus militaires illustrées dans des combats héroïques (Camerone, Bazeilles, Sidi Brahim...). La plupart célèbrent la mémoire du saint patron propre à chaque arme ou division d'arme. Ces saints patrons, dont désignation officielle est souvent récente (postérieure à la deuxième guerre mondiale), peuvent aussi avoir été choisis parmi les patrons de confréries ou de métiers proches de telle ou telle spécialité militaire. Le plus souvent, la célébration de ces saints reste très vivante, y compris dans sa dimension principalement religieuse. Parfois, la multiplicité des parrainages a pu nuire au culte de l'un et l'autre de ces saints protecteurs. Parfois aussi, la fête profane a pris le pas sur la dimension religieuse et, à ce titre, s'enracine dans des traditions populaires anciennes. En connaissant mieux ces saints patrons, on sera d'autant plus enclins à les fêter dignement et à s'appuyer sur leur intercession en notre faveur auprès de Dieu. Les brèves notes qui suivent ne peuvent évidemment suffire à cette connaisssance précise que le lecteur intéressé ne manquera pas de trouver dans les innombrables monographies et "vies des saints" qui sont disponibles en librairie ou en bibliothèque.
(patron du diocèse aux armées françaises, titulaire de la cathédrale, l’église des soldats des Invalides)
Saint Louis (1214 ou 15 - 1270), roi de France et donc, à ce titre aussi chef des Armées françaises, était un homme profondément chrétien, fier et conscient des promesses de son baptême. Il signait Louis de Poissy, en souvenir du lieu de son baptême. Soucieux de conformer sa vie à l'idéal évangélique, il a laissé un beau témoignage dans la pratique de la justice, de la miséricorde, mais aussi par rapport à la recherche de la paix. Saint Louis, à cet égard, joua un rôle important dans l'Europe de son temps, comme médiateur pour sauvegarder la paix. Son autorité et sa sagesse étaient telles que même ses ennemis firent appel à son arbitrage. Dans son testament à son fils Philippe, il rapelle la détermination qu'il faut avoir pour éviter la guerre et ce qui y conduit, même au risque d'être lésé dans ses droits. Quand la guerre s'avère inéluctable, il rappelle les règles de conduite très strictes à la bonne application desquelles le chef militaire doit veiller pour épargner des maux plus grands aux hommes d'armes et surtout aux populations civiles. Ce regard de sagesse, éclairé par l'Evangile, que saint Louis portait sur les choses de la guerre et de la paix en font de façon évidente un saint patron pleinement adapté pour le diocèse aux Armées. Saint Louis est aussi le patron de la cathédrale du diocèse aux Armées (saint Louis des Invalides), et de la chapelle de l'Ecole Militaire.
SAINT JEAN DE CAPISTRAN (23 octobre) Saint Jean de Capistran (1386-1456) naquit dans le royaume de Naples, d'un père français qui vait accompagné Louis d'Anjou dans la conquête du royaume de Naples. Jean fit des études de droit, devint un juriste avisé et accéda à de hautes responsabilités administratives ( gouverneur de Pérouse vers 1412) dans lesquelles il manisfesta son intégrité, sa justice et son attention toute évangélique aux pauvres. Après les épreuves de la guerre où il fut fait prisonnier, il vendit tous ses biens et entra dans l'ordre franciscain. Il devint un grand théologien, un homme de prière et un prédicateur renommé : à ce titre, il parcourut toutes les provinces d'Italie et la plupart des régions de l'Europe centrale, accompagné par tout un groupe de ses frères franciscains. Sa prédicateur visait notamment à réconcilier les peulples d'Europe centrale, bouleversés et divisés par le grand schisme. C'est ainsi qu'on lui donna le titre "d'Apôtre de l'Europe unie".
Il fut aussi le conseiller de plusieurs papes qui lui confièrent des missions importantes, notamment pour faire face aux erreurs du groupe des Fraticelles et pour réformer l'ordre des franciscains. A la fin de sa vie, il intervint en faveur de la croisade contre les Turcs qui menaçaient la Hongrie après avoir Constantinople (1453). La victoire décisive de Belgrade (14 juillet 1458) est attribuée pour une bonne part à Jean de Capistran, qui sut ranimer le courage et l'espérance des chevaliers et de leur chef Hunyade en s'appuyant notamment sur une ardente dévotion à la Sainte Croix et au nom de Jésus. Pour commémorer cette victoire, le pape Calixte III instituera la fête de la Transfiguration. Le rôle de Jean de Capistran au service de la réconciliation des peuples d'Europe autant que sa prédication pour conseiller les chefs militaires et ranimer l'espérance des chevaliers lui ont valu d'être choisi comme saint patron des aumôniers militaires. La célébration de ce saint patron reste malheureusement trop discrète. Les aumôniers étant, à cette époque de l'année, davantage préoccupés par la préparation des fêtes d'arme, nombreuses tout au long de l'automne.
L'ORIGINE DU '2 S' (2 décembre)
En 1802 Bonaparte fonda l'Ecole Spéciale Militaire (ESM). C’est lors de la bataille d’Austerlitz (2 décembre 1802) que tomba le premier Saint-Cyrien. Depuis, dix mille de nos grands Anciens ont donné leur vie pour la grandeur de la France. La tradition de fêter le 2 S remonte au Second Empire : les élèves avaient alors l’habitude de se livrer dans les dortoirs de l’Ecole à des grandes batailles de traversins et de matelas. Il devint habituel de fêter de cette façon l’anniversaire de la bataille d’Austerlitz la veille du 2 décembre. Eugène TITEUX, dans son ouvrage sur Saint-Cyr, évoque ces moments : “ ... les matelas accumulés formaient des retranchements qui s’élevaient jusqu’au plafond ; bidons et gamelles servaient d’instruments pour battre la charge et les élèves, en chemise, armés de traversins et de sacs à linge, se livraient des combats homériques, pendant que de grands bruits de planches imitaient les détonations d’artillerie. Cet affreux vacarme s’accomplissait dans l’obscurité la plus profonde, tous les becs de gaz ayant été prudemment éteints... ”. Le jour même du 2S, les élèves confectionnaient les habits pour la “ nuit d’Austerlitz ” qui recréait la célèbre veillée aux flambeaux de l’Empereur au milieu des bivouacs, le soir qui précéda la bataille. L’anniversaire s’achevait ainsi par une procession illuminée dans la Cour Wagram, sur l’air de la Galette entonnée par Jeunes et Anciens. Du Marchfed, la reconstitution a été transférée sur un coteau de Coëtquidan, de topographie assez voisine du plateau de Pratzen, sommet d’un labyrinthe de vallons et de collines : les cercles enchantés de Brocéliande transformés en cercles de feu... Les canons tonnent, les fusils pétaradent, les sabres des cavaliers qui chargent reflètent les éclairs du soleil... d’Austerlitz, car la fin de l’automne est souvent dorée sous le ciel breton, et rarement y sont glacés, comme les lacs de Gildbach, les marécages de ce secteur où, pendant une heure, évoluent les fantassins aux longues et incommodes tuniques à parements rouges, qui, depuis le matin, bivouaquent sur la lande près de villages de tentes autours desquels caracolent les maréchaux. Apothéose de ce baptême du feu, les félicitations du Poireau (le général est appelé ainsi depuis le Général DEFFIS qui transforma en potager les jardins de Saint-Cyr) au Père Système incarnant l'Empereur dont il vient de relire le fameux ordre du jour : “ Soldat ! je suis content de vous... Il vous suffira de dire : j’étais à la bataille d’Austerlitz pour que l’on réponde : Voilà un brave ! ” Une copie en est conservée au Musée du Souvenir avec beaucoup d’autres pièces mémorables dont s’inspire la mise en scène de cette reconstitution, l’un des sommets de l’année scolaire. (texte tiré d’un ouvrage sur l’Ecole de Saint-Cyr)
Patron de l'Infanterie Saint Maurice (mort en 303 ?) était à la tête de la légion thébaine, qui fut envoyée, à la fin du IIIème siècle, de l'Orient vers l'Occident. Cette légion fut chargée par l'empereur Maximien de sévir contre les chrétiens. Les Thébains de la légion, chrétiens eux-mêmes, refusèrent d'obéir à cet ordre. L'empereur ordonna alors la décimation de cette unité rebelle. Finalement, toute la légion fut massacrée à Agaune ( aujourd'hui Saint Maurice d'Agaune, dans le Valais suisse), non loin de Martigny où l'empereur stationnait. Le témoignage de saint Eucher, évêque de Lyon en 449 et l'existence, dès la fin du IVème siècle, d'une église à Agaune où des foules viennent en pèlerinage, attestent de manière certaine ce massacre où périrent martyrs Maurice et ses compagnons. La tradition orale nous a laissé les noms de quelques-uns de ces compagnons : Exupère, un sous-officier, Candide, sans doute un officier, Victor, un vétéran qui passait par là au moment du massacre. Comme l'a figuré le célèbre tableau du Greco consacré au martyr de saint Maurice, la foi intrépide des soldats autour de leurs chefs et de sens moral élevé dans le refus d'un ordre injuste au péril de sa vie. La célébration de la fête de saint Maurice dans l'infanterie n'a pas toujours l'éclat que l'on pourrait attendre, dans la mesure où de nombreuses "familles" (ou division d'arme) faisant partie de l'Infanterie célèbrent un saint patron spécifique (par exemple saint Bernard pour les troupes de montagne) ou le souvenir de combats héroïques (comme Bazeilles pour els Troupes de Marine, ou Sidi Brahim pour les chasseurs).
SAINT BERNARD DE MENTHON (15 juin) Patron des Troupes de Montagne Saint Bernard de Menthon (998-1081 [?]) -qu'il ne faut pas confondre avec son homonyme du XIIème siècle, le fondateur de Clairvaux, naquit au château de Menthon, au bord du lac d'Annecy. Il s'enfuit de la maison paternelle pour échapper à un mariage forcé et entra dans la communauté des chanoines réguliers d'Aoste. Nommé archidiacre, il était chargé de distribuer des aumônes aux pauvres et aux pèlerins. Il s'inquiéta du sort des voyageurs traversant les Alpes et soumis au double péril des bandits et de la rudesse des routes de haute montagne. Il établit des hospices, desservis par les chanoines réguliers de saint Augustin, notamment au col du Mont Joux, aujourd'hui col du Grand Saint Bernard, où se trouve toujours un hospice tenu par la congrégation des chanoines réguliers de saint Bernard. Homme des montagnes alpinesn attentifs à y faire régner la sécurité, saint Bernard est devenu le saint protecteur des troupes alpines au début des années 90, à l'initiative de l'aumônier de la B.I.M et du commandement de l'époque. Pour marquer ce parrainage, une grande statue du saint a été réalisée et placée dans le hall d'entrée de l'Etat-Major de la Brigade à Varces. Déjà, en 1932, Pie XI avait proclamé saint Bernard patron des habitant des Alpes et de tous les alpinistes.
COMMEMORATION DE LA BATAILLE DE SIDI-BRAHIM (23 septembre)
“ Présentez... armes ! “ Ainsi le nom de Sidi-Brahim entrait dans l’histoire des hommes en tenue bleue, que les indigènes d’Algérie nommaient, au temps de la Conquête, les “ soldats noirs ”. “ Reposez... armes ! ”. Des lèvres crevassées et bleuies par le froid, un chant monte, dont les paroles naïves sont devenues sacrées au souvenir de tant de sacrifices : Maintenant, les cordées se reforment et les chasseurs, jeunes et anciens mêlés, redescendent vers les alpages où ils arrivent, riant au crépuscule. La cérémonie de la Sidi-Brahim est terminée.
Le désastre serait-il plus exaltant que la victoire ?
Patron des Légionnaires Saint Antoine le Grand (251-356) (qu'il ne faut pas confondre avec saint Antoine de Padoue, franciscain du XIIIe siècle), est né en Haute-Egypte dasn une famille chrétienne. Vers l'âge de 20 ans, il entend l'évangile du jeune homme riche (Mat. 19, 16-21) et le reçoit comme un appel personnel: "Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres...puis, viens et suis-moi". Il se retire alors dans le désert de la Thébaïde pour y mener une vie d'ermite dans la prière, oùil trouve la force de lutter contre les tentations et de sortir finalement vainqueur de ces combats spirituels contre les pièges dec Satan. Très vite, il va attirer de nombreux disciples; à son école, se créent des groupes d'ermites, qui se rasemblent autour d'un abbé, les anachorètes. En cela, il est le véritable père du monachisme chrétien. Avec son ami Athanase, évêque d'Alexandrie, qui écrira ensuite sa vie, il travaillera aussi à réduire l'hérésie arienne. Il terminera sa vie à plus de 100 ans, dans son ermitage auprès de la mer Rouge où se trouve aujourd'hui le monastère copte qui porte son nom. Saint Antoine jouit très rapidement d'une grande popularité et devint le protecteur de nombreuses confréries et métiers. Certainement que son caractère de lutteur victorieux (dans la vie spirituelle), d'ascète qui vit de manière frustre et dépouillée dans la solitude, d'homme qui a changé de vie pour une vie nouvelle au service de Dieu, a de quoi largement toucher le légionnaire. A vrai dire, la célébration des combats de Camerone (30 avril) et l'importance prise à la Légion par la veillée de Noël (avec la création de crèches) tendent à éclipser quelque peu la fête de saint Antoine.
COMMEMORATION DE CAMERONE (30 avril)
Récit de la bataille de CAMERONE (Mexique 30 avril 1863)
Le 30 avril, à 1 heure du matin, la 3ème Compagnie forte de 3 officiers et soixante-deux homme, se met en route. Elle avait parcouru environ 20 kilomètres, quand vers 7 heures du matin, elle s’arrête à Paloverde pour faire le café. A ce moment, l’ennemi se dévoile et le combat s’engage aussitôt, le Capitaine Danjou fait former le carré et tout en battant en retraite, repousse victorieusement plusieurs charges de cavalerie, en leur infligeant des premières pertes sévères. Arrivé à la hauteur de l’auberge de Camerone, vaste bâtisse comportant une cour entourée d’un mur de 3 mètres de haut, ils décident de s’y retrancher pour fixer l’ennemi et retarder ainsi le plus possible le moment où les Mexicains pourront attaquer le convoi. Pendant que les hommes organisent à la hâte la défense de cette auberge, un officier Mexicain, fort de son importante supériorité en nombre, somme le Capitaine Danjou de se rendre. Celui-ci fait répondre : “ Nous avons des cartouches et nous ne nous rendrons pas ”. Puis, levant la main, il jure de se défendre jusqu’à la mort, les survivants prêtent le même serment. Il est 10 heures... Jusqu’à 18 heures, ces soixante hommes qui n’avaient pas mangé ni bu depuis la veille, malgré l’extrême chaleur, la faim, la soif, résistent à deux mille Mexicains : huit cents cavaliers, et mille deux cents fantassins. A midi, le Capitaine Danjou est tué d’une balle en pleine poitrine. A 2 heures, le sous-lieutenant Vilain tombe frappé d’une balle au front. A ce moment, le colonel mexicain réussit à mettre le feu à l’auberge. Malgré la chaleur et la fumée qui viennent augmenter leurs souffrances, les légionnaires tiennent bon, mais beaucoup d’entre eux sont frappés. A 5 heures, autour du sous-lieutenant Maudet, ne restent que 12 hommes en état de combattre. Le colonel mexicain rassemble ses hommes et leur dit de quelle honte, ils vont se couvrir s’ils ne parviennent pas à abattre cette poignée de braves. Un Légionnaire qui comprend l’espagnol traduit ses paroles au fur et à mesure. Les Mexicains vont donner l’assaut général par les brèches qu’ils ont réussi à ouvrir, mais auparavant le colonel Milan adresse encore une sommation au sous-lieutenant Maudet : celui-ci la repousse avec mépris. L’assaut final est donné. Bientôt, il ne reste autour de Maudet que cinq hommes : le caporal Maine, les légionnaires Cotteau, Wensel, Constantin, Leonhard, chacun garde encore une cartouche, ils ont la baïonnette au canon et, réfugiés dans un coin de la cour, le dos au mur, ils font face. A un signal, ils déchargent leurs fusils à bout portant sur l’ennemi et se précipitent sur lui à la baïonnette. Le sous-lieutenant Maudet et deux légionnaires tombent frappés à mort. maine et ses deux camarades vont être massacrés quand un officier mexicain se précipite sur eux et les sauve. Il leur crie : “ rendez-vous ! ” - ”Nous nous rendrons si vous nous promettez de relever et de soigner nos blessés et si vous nous laissez nos armes ”, leurs baïonnettes restent menaçantes, “ On ne refuse rien à des hommes comme vous ”, répond l’officier. Les soixante hommes du Capitaine Danjou ont tenu jusqu’au bout leur serment. Pendant 11 heures, ils ont résisté à deux mille ennemis, en ont tué 300 et blessé autant. Ils ont, par leur sacrifice sauvé le convoi et rempli la mission qui leur avait été confiée. L’Empereur Napoleon III décida que le nom de Camerone serait inscrit sur le drapeau du Régiment Etranger et que, de plus, les noms de Danjou, Vilain et Maudet, seraient gravés en lettres d’or sur les murs des Invalides à PARIS. En outre, un monument fut élevé en 1892 sur l’emplacement du combat. Il porte l’inscription suivante : Depuis, lorsque les troupes mexicaines passent devant le monument, elles présentent les armes. NB : Maine fut aussi présent à Bazeilles....
Un texte pour CAMERONE... Le sacrifice au service d’un idéal doit rester dans la vocation de l’homme moderne. c’est pourquoi nos légionnaires, victimes du devoir depuis les débuts, sont aujourd’hui pour nous l’occasion de méditer sur le prix d’une parole donnée à la patrie. « Seigneur, peu importe nos noms... nous sommes des étrangers, tantôt allemands, belges, suisses ou canadiens, yougoslaves, chiliens, polonais ou espagnols, nous avons choisi l’honneur, la fidélité, car dans l’exemple sanctifié par nos anciens, nous puisons notre fierté d'hommes dignes de parole...
SAINT MICHEL archange (29 septembre)
Patron des Parachutistes Saint Michel est l'un des trios archanges qu'évoque explicitement l'Ecriture (soit dans l'Ancien Testament : trois mentions dans le livre de Daniel; soit dans le Nouveau Testament : épître de Jude et Apocalypse). L'Ecriture nous parle de saint Michel comme de celui qui combat au nom de Dieu contre les forces du mal, à la tête des légions angéliques. Il est, par conséquent, celui que l'on invoque pour s'encourager au juste combat (il parle en ce sens à Jeanne d'Arc) et recevoir protection à l'heure du danger. Les médiévaux voyaient aussi dans saint Michel celui qui, au moment de la mort, conduisait l'âme du défunt jusqu'à Dieu, d'où son titre d'archange psychopompe. Ce combattant céleste descendant sur la terre des hommes, il était légitime de le choisir comme protecteur du pays et de ses armées; déjà en 709, l'évêque d'Avranches, saint Aubert, fonda une chapelle qui deviendra l'abbaye du Mont Saint-Michel, où viendront en pèlerinage, entre autres, Charlemenagne, saont Louis, Louis IX, pour demander la protection pour la France. Dans la même ligne, après la deuxième guerre mondiale, les troupes aéroportées le choisirent comme saint patron, voyant dans l'ane "ailé" qui descend du ciel comme un ancêtre, certes plus agile encore, du parachutiste contemporain. L'origine du culte de saint Michel par les parachutistes remonte à la deuxième guerre mondiale, en Angleterre: l'aumônier du 2ème S.A.A bénissait des médailles de saint Michel qu'il remettait aux paras appelés à sauter sur le territoire français. En février 1945, l'aumônier du corps français de l'air proposa que saint Michel devienne le saint protecteur des parachutistes. Puis, sous l'impulsion du Père Jégo, aumônier parachutiste, eurent lieu les premières célébrations de la saint Michel, elle se déroulèrent en Indochine les 18 et 30 juin 1948et, de façon plus solennelle, le 29 septembre 1949 en la cathédrale de Hanoï. La même année , le Père Fr. Casta, du 1er R.C.P avait publié un petit livre sur Saint Michel, patron des parachutistes, préfacé par l'évêque d'Ajaccio, qui donne ainsi un caractère officiel à ce saint patronage célébré chaque année, le 29 septembre.
COMMEMORATION DE BAZEILLES (31 août )
Les combats de Bazeilles 1870 - La France est en guerre. Son territoire est envahi. Le 30 août, après six jours de marches et contre-marches harassantes, un de nos corps d’armée s’étant laissé surprendre à beaumont, la 1ère brigade, celle du général Reboul doit intervenir, d’ailleurs avec succès, pour le dégager. Le Général Martin des Pallières enlève sa troupe. L’ennemi est refoulé, mais sa supériorité en nombre et en artillerie lui permet, en multipliant ses attaques, de reprendre pied dans la localité. La mêlée est acharnée, les pertes sont sévères des deux côtés : le Général Martin des Pallières est blessé et le village en feu. Vers 4 heures de l’après-midi, les nôtres ne tiennent plus les lisières nord du village, c’est alors que la brigade Reboul conservée, jusque là en réserve, est engagée et, avant la tombée de la nuit, Bazeilles est entièrement repris une nouvelle fois, toujours au prix de combats acharnés. On s’organise pour la nuit. Seuls des grand-gardes, placés aux ordres du commandant Lambert, sous-chef d’état-major de la division, tiendront la localité. Comprenant que l’ennemi va revenir après s’être renforcé pendant la nuit, le Commandant Lambert lui tend un piège. Lorsque le 1er septembre au lever du jour, les bavarois commencent à pénétrer dans le village, ils croient celui-ci abandonné quand une vigoureuse contre-attaque, menée par 150 Marsouins, les surprend et les met en fuite. Nous sommes à nouveau, et pour la troisième fois, maîtres de Bazeilles A ce moment, survient un coup de théâtre. Le Général Ducrot, qui vient de remplacer Mac-Mahon blessé, veut regrouper l’armée et l'ordre est donné d’abandonner Bazeilles. Ce que l’ennemi n’a pas réussi, la discipline l’obtient : Bazeilles est évacué. Mais le Général de Wimpfen, porteur d’une lettre de service, prend le commandement et, jugeant autrement la situation, ordonne que soient réoccupées les positions abandonnées. Il faut reprendre Bazeilles que les bavarois n’ont pas manqué d’occuper entre temps, de Vassoigne n’hésite pas, et sa division en une seule colonne, s’empare du village pour la quatrième fois, malgré la défense acharnée de l’adversaire. Le 1er C.A. bavarois, renforcé d’une division supplémentaire et appuyé par une artillerie de plus en plus nombreuse, reprend ses attaques qu’il combine avec des manoeuvres d’encerclement, tandis que, dans le village, se multiplient les incendies. Luttant à un contre dix, les marsouins, malgré les obus qui les écrasent et les incendies qui les brûlent et les font suffoquer, défendent pied à pied chaque rue, chaque maison et chaque pan de mur. Ils ne cèdent le terrain que très lentement, infligeant à l’ennemi des pertes sévères. Hélas, celles qu’ils subissent ne le sont pas moins et, ce qui est très grave, les munitions commencent à manquer. Le Général de Vassoigne, toujours très calme, estime que sa mission est maintenant accomplie, que l’infanterie de marine a atteint les extrêmes limites du devoir et qu’il ne doit pas faire massacrer une telle troupe, susceptible de rendre encore des services. Vers midi, il fait sonner la retraite. Cependant, le Général de Wimpfen veut encore tenter une percée vers l’est. A cet effet, aux environs de 16 heures, il fait appel au Général de Vassoigne et se met avec lui, épée en main, à la tête des débris dont il dispose. Bazeilles est en grande partie repris lorsque sur l’ordre de l’empereur il faut mettre bas les armes. La division bleue a perdu 2655 des siens, l’ennemi bien plus du double. Le glorieux épisode de la défense de l’auberge Bourgerie, qu’Alphonse de Neuville a immortalisé par son célèbre tableau “ Les dernières cartouches ”, se situe le 1er septembre en fin de matinée. Aux lisières du village, une centaine de marsouins du 2ème régiment d’infanterie de marine sont retranchés dans un immeuble de deux étages : la maison Bourgerie. Ils sont commandés par cinq officiers et le Commandant Lambert. Blessé, il a été abrité dans cette maison. Les Allemands qui tentent de progresser vers Sedan ne peuvent passer. De l’artillerie est amenée par l’ennemi, qui, au bout de plusieurs heures, défonce portes, fenêtres, toitures. La résistance devient désespérée. Les Allemands invitent les marsouins à se rendre. Seuls des coups de fusil leur répondent. La situation en munitions devient critique et le feu n’a pu être soutenu que grâce aux cartouches récupérées sur les morts et les blessés qui gisent là. Il ne reste que onze cartouches pour une poignée d’hommes : autant de coups, autant de morts dans les rangs de l’ennemi. Le Commandant Lambert, épuisé par ses blessures, confie la direction de la lutte au Capitaine Aubert et c’est lui qui tire la dernière cartouche. Il ne reste plus qu’à se rendre. Le commandant Lambert exige de sortir le premier : “ si l’on me tue, il n’y aura rien à espérer pour vous et il sera temps encore de vendre, chèrement votre vie ”. Il sort par le jardin. Les baïonnettes bavaroises se dressent, les marsouins se préparent au dernier combat. Seule l’intervention d’un officier allemand empêchera le massacre. L’admiration des Allemands pour ces héros est si grande que les hommes seront traités avec les honneurs de la guerre et que l’ordre sera donné de laisser leur arme aux officiers. Tel est, brossé à larges traits, le glorieux exploit des milliers de “ soldats de marine ”, de toutes armes et services, groupés sous les ordres du général de Vassoigne. Il explique pourquoi Bazeilles est devenu le haut-lieu et le symbole des Troupes de Marine. N.B. : un fait qui peut permettre un rapprochement : un des survivants du combat de Camerone, Maine, participe au combat de Bazeilles et en réchappe aussi !
Dieu le Père : les Troupes de Marine n’ont pas d’autre patronage que celui de Dieu lui-même... et leur cri de ralliement est « Au nom du Dieu, vive la Coloniale ».
Patron des Cavaliers (arme blindée - cavalerie) Saint Georges (mort vers 303) est né en Cappadoce, de mère chrétienne; celle-ci l'instruisit tôt dans la foi chrétienne et Georges, jeune encore, est réputé avoir combattu le paganisme et brisé des idoles dans les temples païens. C'est peut-être de là qu'est née la légende tardive transmise par Jacques de Voragine du comabt contre le dragon (peut-être une figure de ce paganisme idolâtre). Georges devint soldat et tribun dans l'armée impériale; c'est là que l'atteignit la persécution de l'empereur Dioclétien qui le fit décapiter vers 303, en raison de sa foi chrétienne, à Lydda, aujourd'hui Lod en Israël. Les circonstances exceptionnelles de sa mort l'on fait appeler par les chrétiens d'orient "le grand martyr". Son culte s'est très rapidement développé. Il est devenu le saint protecteur de nombreux pays, de l'Angleterre, notamment , et de la Géorgie qui porte son nom. Les croisades contribuèrent à donner au culte de saint Georges un grand éclat, notamment parmi les chevaliers français et anglais. Il était légitime que les cavaliers le choisissent comme saint protecteur.
Patronne de l'A.L.A.T [1] Sainte Clotilde (474-545) est née à Lyon dans une famille chrétienne par sa mère. Elle épousa Clovis, roi des Francs à 18 ans. Par sa foi, et soutenue par le rayonnement de l'évêuqe de Reims, saint Remi, elle obtint la conversion de Clovis et de ses hommes. Après son veuvage, elle connut de lourdes épreuves familiales (mort de son fils Clodomir, assasinat de deux petits enfants par leur oncle). Elle les assuma avec courage et force d'âme et se retira à Tours pour vivre dans la prière et les oeuvres de charité à l'ombre du tombeau de saint Martin. Sainte Clotilde est justement célébrée en France, comme celle qui, par sa foi, touche les coeurs et les conduit à la conversion. Elle est aussi celle qui, par sa prière, a obtenu la victoire aux troupes franques (à Tolbiac contre les Alamans). Elle est encore celle qui, dans un monde rude et violent, a su éduquer Clovis à plus d'aménité et de douceur. A ce triple titre, elle demeure un exemple et un appui spirituel pour les militaires de l'A.L.A.T, dont le système d'arme majeur est à la fois très redoutable et très exposé. A l'école de l'A.L.A.T (à Dax), la chapelle est ornée de cinq vitraux contemporains de belle facture, dont celui de sainte Clotilde, entouré par ceux représentant Clovis et saint Remi (les deux autres représentent sainte Barbe et saint Eloi). [1] Aviation Légère de l'Armée de Terre, dont les unités principales sont les Régiments d'Hélicoptères de Combat.
Patron des Transmetteurs L'archange Gabriel est l'un des trois anges qu'évoque explicitement le récit biblique avec Raphaël et Michel (cf. Dan. 8,16 - 21 - Luc 1, 19 - 26) Gabriel est d'abord celui qui est envoyé en mission par Dieu pour annoncer à Marie qu'elle sera la mère du Sauveur. Gabriel remplit là une mission qui correcpond bien à l'un des rôles constant des anges: transmettre aux hommes les appels de Dieu et ses indicateurs, rapporter à Dieu les pensées et les demandes des hommes qui se tournent vers lui. Le rôle de messager fidèle et attentif, Gabriel l'a vécu de façon très marquante dans cette Annonciation qui, par sa réponse de Marie, a ouvert l'ère chrétienne du Salut. L'arme récente des transmissions ne pouvait trouver meilleur patronnage que ce saint archange, messager de la Bonne Nouvelle, prompt et fidèle à exécuter sa mission.
A la mort de Dagobert en 633, il entra dans les ordres et fut appelé au siège épiscopal de Noyon où il se consacra à l'évangélisation des païens dans les Flandres. Son habilité comme orfèvre le fit très tôt choisir comme saint patron par les orfèvres eux-mêmes, les métiers du fer, et les maréchaux-ferrants. C'est ainsi qu'Eloi devint également le saint protecteur des mécaniciens des Armées qu'il invite à la plus grande habilité et aussi à un dévouement intègre et sans faille.
COMMEMORATION DE LA CREATION DE L'ARME DU TRAIN (26 mars)
Cette commémoration est plus marquée que la mémoire du saint patron d’arme Christophe. Le 26 mars 1807, au quartier général d’Osterode, en Prusse Orientale, Napoléon Ier signait un décret impérial portant création du Train des Equipages des Transports Militaires. Reconstitué, il participe à la conquête de l’Algérie et aux expéditions de Crimée, du Mexique, d’Extrême-Orient, de Madagascar, de Tunisie et du Maroc. En 1875, le Train des Equipages devient une arme, mais il est placé sous la tutelle de l’Artillerie. Dès 1903, il se motorise et la Grande Guerre de 1914-1918 va rapidement révéler son importance stratégique. Il s’illustre notamment sur la Voie sacrée en 1916, époque où apparaît la première formation de circulation. En 1928, le Train des Equipages fusionne avec le Service Automobile pour former l’arme du TRAIN rattachée à la Cavalerie. Durant la Seconde Guerre mondiale, le TRAIN se distingue sur tous les fronts de la campagne de France (1940), d’Afrique du nord, d'Italie, une nouvelle fois de France (1944) et d’Allemagne. En 1945, l’arme du TRAIN devient complètement autonome. Dès 1946, elle trouve en Indochine un nouveau champ d’expérience et se distingue notamment au Tonkin.
Patron des unités du Train Saint Christophe a été martyr en Lycie, au IIIème siècle. Son souvenir est mêlé à des éléments légendaires: les récits grecs en font un guerrier de la tribu des cynocéphales, c'est pourquoi il est il représenté avec une tête de chien, marquant sa fidélité malgré parfois bien des épreuves. Dans les récits latins, il est montré comme un géant qui se fit passeur au bord d'un fleuve et eût ainsi l'heur de faire traverser un enfant, qui n'était autre que le Christ lui-même, qui se manifestait à lui; d'où le nom de notre saint: Christophe, ce qui, en grec, signifie porte-Christ. Christophe fut honoré dès le Vème siècle au moins. Il devint le protecteur des voyageurs affrontés aux périls des routes. L'arme du Train l'a adopté comme saint patron pour pouvoir, de manière sereine, sous sa protection, accomplir pleinement les missions logistiques les plus éprouvantes. Le Train célèbre aussi son fondateur, l'empereur Napoléon, qui créa par décret l'arme du Train, le 26 mars 1807, à Ostérode (Prusse). La date de la saint Christophe étant peu propice aux rassemblements, sa mémoire est généralement célébrée conjointement dans les unités à l'occasion du 26 mars.
Patron du corps administratif et technique des Armées Saint Ambroise (340-397) est né à Trèves où son père, préfet du prétoire, était en poste. Après ses études à Rome, il entra comme son père dans une carrière administrative et devint consul à Milan. C'est là, que, par acclamation, il fut choisi par le peuple chrétien comme évêque. Bien que de famille chrétienn, il n'était alors encore que catéchumène, selon la pratique courante de l'époque. Il devint un grand évêque et l'un des quatre grands docteurs de l'Eglise latine: il fut à la fois un sage administrateur, un défenseur vigilant de l'Eglise face au pouvoir impérial, un prédicateur profondément pédagogue pour instruire son peuple des vérités de la foi et lui faire découvrir le sens des Ecriture (il joua, à cet égard, un un rôle dans la conversion de saint Augustin. C'est évidemment d'abord à la sagesse et à l'autorité de l'administrateur, sans doute aussi à son sens pédagogique (il fut "l'inventeur" du chant populaire liturgique pour aider à la prière et à la mémorisation des vérités de foi) que se réfère le corps administratif et technique en choisissant saint Ambroise comme saint protecteur.
SAINT JEAN à la Porte latine ou SAINT JEAN des imprimeurs (6 mai)
La saint Jean des imprimeurs En ce jour heureux, béni par un ciel serein, 24 juin l5O4, les cloches de la cathédrale de Mayence sonnaient à toute volée pour célébrer, pour la première fois, la Saint-Jean. Tous les Imprimeurs, sous un habit de fête, s’étaient assemblés dans la maison où l'illustre Gutenberg créa sa première imprimerie. Cependant, en France, une ordonnance de Louis XI, signée seulement en 1467, autorise la fondation d’une Confrérie réunissant écrivains, libraires, enlumineurs, relieurs de livres et parcheminiers. Les imprimeurs n’y étaient donc pas admis. Les premiers imprimeurs français ne s’installèrent rue Saint-Jacques que trois ans plus tard, sur l’initiative des Frères Fichet, Docteurs en Sorbonne. Nos ancêtres professionnels se nommaient Gering, Crautz, Frilburger, d’origine allemande ou alsacienne. Par une ordonnance de 1488, Charles VIII assimila les trois imprimeurs aux “ serviteurs ” de l’Université et les fit entrer dans la confrérie, dont les assises se tenaient au couvent des Pères Mathurins, tout près de l’hôtel Cluny. Les membres de la confrérie participaient à deux fêtes annuelles, 27 décembre et 6 mai. Une cérémonie religieuse précédait un banquet. Et les ateliers d’imprimerie fermaient comme pour un dimanche. Au début du 17ème siècle, la confrérie prit le nom de Saint-Jean Porte Latine. Sur la bannière de la confrérie était brodé un livre orné de 3 fleurs de lys d’or. Les frais étaient couverts par des cotisations, des dons et des quêtes. Les imprimeurs avaient déjà des idées mutualistes puisque des secours étaient distribués aux ouvriers les plus pauvres ou aux malades. Mais une seconde et mystérieuse confrérie apparut plus tard sous le nom de Saint Jean de Latran, et, par des intrigues secrètes, sauva la vie en 1650, à un imprimeur nommé Marlot coupable d’avoir injurié Mazarin dans un pamphlet. Cette seconde confrérie disposait d’une Commanderie, lieu d’asile inviolable et strictement réservée à ses participants qui observaient les meilleures règles de solidarité fraternelle. C’était une sorte de franc-maçonnerie secrète. La Révolution Française balaya l’existence des deux confréries. 1881 marqua l’existence des lois sur la liberté de la Presse et de la Librairie. C’est aussi la date de la fondation de la Fédération du Livre, de l’âge d’or des quotidiens, de la modernisation de la Presse par Emile de Girardin. Le 5 mai 1889, on retrouve la trace d’un banquet de la Saint Jean Porte Latine, preuve irréfutable de maintien de la tradition. L’écrivain Edouard Morin qui a consacré un partie de sa vie aux Arts Graphiques, a mentionné dans son oeuvre ces lignes émouvantes qui feront battre le coeur de nos typos des temps modernes, « Le Saint-Jean du typo et surtout du trimardeur c’est le petit paquet qu’il ramasse pour quitter l’atelier et se mettre en route. Ce paquet contient une blouse noire qui ne sera jamais lavée, un composteur de bois ou une paire de mentonnières.. » Saint Jean à la Porte Latine L’Eglise célèbre le 6 mai l’anniversaire de la basilique de saint Jean, près de la porte Latine. à Rome. On connaît le passage évangélique rappelant la démarche des deux fils de Zébédée : Jacques et Jean, membres du Collège apostolique. Jean était l’unique survivant du collège apostolique et avait atteint un âge avancé. Il gouvernait alors les Eglises d’asie grâce à la haute réputation que lui assuraient sa dignité, ses grandes vertus et ses miracles. Il fut arrêté à Ephèse et conduit comme prisonnier à Rome en l’an 95. L’empereur Dioclétien le condamna à un genre de mort barbare en ordonnant de le plonger dans une chaudière d’huile bouillante. Conformément à la pratique romaine, l’apôtre subit probablement d'abord la flagellation ne pouvant pas comme Saint Paul se prévaloir du privilège d’être citoyen romain. Quant au supplice d’huile bouillante on ne peut en douter puisque Tertullien, saint Jerome et Eusèbe nous l’affirment. Jean sortit du supplice plus frais et plus vigoureux qu’il n’y était entré. et la plupart des païens avec lui virent là le résultat d’un pouvoir magique. Jean fut banni dans la petite île Patmos, l’une des îles de la mer Egée. Le supplice de Jean, qui fut plutôt un glorieux Triomphe, eut lieu en dehors de ROME à la porte Latine, appelée ainsi parce qu’elle conduisait vers le Latium. Une église fut édifiée sur l’emplacement en mémoire du miracle. On dit que c’était un temple de Diane dont la destination fut changée pour servir au culte du vrai Dieu. L’Eglise fut rebâtie en 772 par le Pape Adrien 1er.
Patronne de l'E.C.P.A Véronique (1er siècle) ne nous est connue qu'à travers une rencontre qu'elle fit avec le Christ portant sa croix le vendredi saint. Cette rencontre est attestée par une tradition constante : Véronique, voyant le Christ ployant sous le croix, ayant compassion de lui, osa s'en approcher malgré la présence des soldats et essuyer le visage du Christ avec le voile qu'elle portait sur la tête; l'empreinte du visage du Christ s'imprima sur le voile, d'où le nom donné à cette sainte femme: Véronique, qui signifie "vraie image". Une station du chemin de croix évoque cet épisode. De nombreuses reproductions de cette Sainte Face se sont répandues dans toute l'Europe. Les spécialites des Armées en matière photographique et cinématographique trouvent évidemment en sainte Véronique une protectrice toute indiquée.
Selon le récit qui figure dans ses Actes, Cécile, vierge, illustre par sa naissance, était fiancée à Valérien. La nuit de ses noces, elle déclara à son mari qu’un ange veillait sur sa virginité. Valérien ayant manifesté le désir de voir cet ange, elle lui répondit qu’il devrait auparavant se faire baptiser et lui indiqua l’endroit où il pourrait trouver le pape Urbain. Lorsqu’il revint à la maison, il vit en effet l'ange aux côtés de Cécile. Son frère Tiburce, instruit de l’affaire, demanda aussitôt à voir l’ange. Après avoir été sommairement instruit par Cécile, il fut également baptisé par Urbain. Cependant le préfet de Rome, Turcius Almachius, qui persécutait les chrétiens, vint à apprendre la conversion de Valérien et de Tiburce ; il les fit arrêter ; mais le corniculaire Maxime, chargé de les conduire au supplice fut lui-même touché par la grâce, ainsi que sa famille et les bourreaux. Valérien et Tiburce n’en furent pas moins exécutés et Maxime abattu à coups de fouet plombé. Après quoi, Cécile fut mise aux arrêts dans sa maison ; elle put cependant y faire venir le pape Urbain, qui n’y baptisa pas moins de 400 personnes. Mais bientôt, Almachius fit comparaître Cécile devant son tribunal. Sur son refus de sacrifier, il la condamna à être brûlée dans le bain. La chaleur ne parvint pas à étouffer la sainte, le bourreau appelé pour lui couper la tête ne put que la blesser. Finalement, elle mourut au bout de trois jours, en léguant au pape Urbain sa maison pour qu’il la transformât en église. Après sa mort, Urbain l’ensevelit parmi les papes et les évêques au cimetière de Callixte. Plusieurs remarques s’imposent ici. D’abord cette légende est d’origine récente : elle s’inspire d’un récit qui figure dans « l’Histoire de la persécution vandale » de Victor de Vite. Tous les thèmes qui y sont développés sont des lieux communs qui se retrouvent, à peine modifiés, dans un nombre considérable de Passions. Les compagnons qu’elle prête à Sainte Cécile n’ont eu apparemment, dans l’histoire vraie, aucun rapport avec elle : Tiburce, Maxime et Valérien sont des martyrs du cimetière de Prétextat sur la voie Appienne, inscrits au martyrologe hiéronumien le 14 avril. Il y a plus encore : “ Au sortir des persécutions, l’Eglise de Rome ne connaissait aucune vierge martyre du nom de Cécile et pas davantage au début du 5ème siècle. Comment expliquer que ni Damase, ni Ambroise, ni Jérôme, ni Prudence, qui ont exalté à l’envie l'héroïsme des vierges martyres : Agnès, Eulalie et leurs émules, n’aient jamais prononcé le nom de Cécile, ni fait aucune allusion à une victime des persécutions dont le culte devait prendre une si large extension ? Il est remarquable que sur ces petits monuments, les verres dorés, où sont imprimés l’effigie et le nom des saints de Rome qui ont joui d’une popularité sans égale, d’Agnès par exemple, Cécile ne figure jamais. ” Il résulte de tout cela que nous ne pouvons rien affirmer de certain sur Sainte Cécile. Cependant, au cours du 5ème siècle apparaît parmi les églises de Rome un lus Caeciliae, et en 545, le pape Vigile est enlevé par un officier impérial le 22 novembre, tandis qu’il célèbre dans la basilique du Transtévère, l’anniversaire de Sainte Cécile. Comme par ailleurs on vénérait les restes de la sainte au cimetière de Callixte, on peut se représenter les choses de la manière suivante : “ Cécile, qui appartenait probablement à l’illustre famille des Coecilii, représentée par plus d’un de ses membres dans la catacombe de Callixte, s’était acquis par ses libéralités, des titres spéciaux à la reconnaissance de l’Eglise. Le privilège d’être ensevelie à côté des papes et des martyrs attira sur sa tombe l’attention des fidèles et lui valut des honneurs que son seul titre de fondatrice d'une église ne suffit pas à expliquer ”. C’est pendant le 5ème siècle que la popularité de Sainte Cécile prit naissance et se développa. Au 6ème siècle, elle était un fait acquis. La première invention des reliques eut lieu sous le pontificat de Pascal 1er (817-824). Si étonnant que cela puisse paraître, on avait, à cette époque, perdu le souvenir du lieu où reposaient les restes de la sainte. Le pape les avait lui-même recherchés en vain pour les placer dans son église nouvellement restaurée. Finalement, il les retrouva, grâce à un rêve, non pas au cimetière de Callixte, mais à celui de Prétextat. Une fois en possession de ce trésor, il détacha la tête du corps et la plaça dans un reliquaire d’argent. Sous le pape Léon IV (847-855), la tête de Sainte Cécile était vénérée à l’église des Quatre-Couronnés. En 1599, le cardinal Sfondrati fit procéder à la reconnaissance de ces reliques : la statue bien connue de Maderno est censée représenter le corps tel qu’il fut alors retrouvé (les experts refusèrent de soulever le voile qui le couvrait). La dévotion du monde chrétien envers la sainte n’a pas cessé de se maintenir. Son nom figure au premier canon de la messe. Elle est devenue la patronne des musiciens. Ce patronage repose d’ailleurs sur une mauvaise lecture des textes. Les Actes de la sainte rapportent que, le jour de ses noces, tandis que les musiciens jouaient de leurs instruments, Cécile chantait à Dieu dans son coeur. La première antienne de laudes a repris ce texte, mais en laissant tomber les mots essentiels “ dans son coeur ”, de sorte qu’on en est venu à penser que la vierge chantait en s’accompagnant du son d’un orgue.
SAINT-RAPHAEL archange (29 Septembre) Patron du Renseignement militaire Saint Raphaël est l'un des trois archange dont la Bible mentionne le nom. Pour Raphaël, seul le Livre de Tobie nous en parle. L'archange y apparait comme le guide et le protecteur du jeune Tobie. A cet égard, la figure de Raphaël apparaît assez proche de celle de l'ange gardien : médiateur des bienfaits de Dieu, aidant l'intéressé à échapper aux dangers de ce monde, aux pièges du démon, et à avancer sur les chemins de la connaissance de Dieu et d'une conduite digne d'un croyant. Le culte explicite de saint Raphaël est relativement récent et souvent lié à celui de de saint Michel et de saint Gabriel. Des épisodes où il apparaît dans le Livre de Tobie, découle l'invocation de Raphaël par les voyageurs et les pharmaciens. Pour l'arme des renseignements, il reste un protecteur enviable, même si peu d'éléments précis explicitent ce patronnage.
SAINT MARTIN DE TOURS (11 novembre)
Patron du Commissariat Saint Martin (environ 316 - 397) naquit en Pannonie (Hongrie actuelle) où son père, sans doute originaire de la vallée du Pô, était en garnison. Il dut s'enrôler dans l'armée selon la loi alors qu'il rêvait de vie érémitique. Il devint officier de la garde impériale. En garnison à Amiens, un soir d'hiver, au cours d'une ronde, il rencontre un malheureux sans vêtements pour se prémunir du froid. Martin partage alors son manteau malgré les moqueries de ses camarades. La nuit suivante, le Christ lui apparaît en songe couvert du manteau, actualisant la promesse rapportée par saint Mathieu : " ce que vous aurez fait au plus petit d'entre les miens, c'est à moi que vous l'aurez fait fait" (Mt 25,40). Martin reçoit à cette période le baptême, mais ne quitta l'armée que plus tard, en 356. Attiré par la renommée de sainteté de l'évêque Hilaire, il se rendit alors à Poitiers, sa ville épiscopale. Après un temps d'exil qui lui permet de visiter ses parents, Martin, revenu en Gaule, fonde un monastère d'où sortiront nombre de saints missionnaires en Gaule. Contre son gré, il est choisi comme évêque de Tours et va déployer une intense activité missionnaire et d'évangélisation de la Gaule et de ses campagnes. Il reste aussi un artisan infatigable de réconciliation et de pais jusqu'auprès de l'empereur. Martin, déjà de son vivant, eût un rayonnement immense qui se poursuit dans son culte après sa mort. De tous ses hauts faits, l'épisode du manteau donné au pauvre reste le plus éclatant, les membres du commissariat chargé de soutenir les militaires (nourriture, vêtement...) ne pouvaient trouver meilleur saint protecteur pour accomplir jusqu'au bout leur mission y compris en faveur du plus humble des soldats, comme s'il s'agissait du Christ.
SAINT JOSEPH DE CUPERTINO ou COPERTINO (1663) (18 septembre)
La réputation de lévitation qui marqua la vie du saint explique qu’il ait été spontanément considéré comme le patron de tous les métiers liés à l’aviation et aussi des cosmonautes. Il a toujours été considéré comme le patron des étudiants et en particulier des candidats aux examens à cause des énormes difficultés scolaires qu’il rencontra jusqu’à son ordination. Joseph Desa naquit le 17 juin 1603 à Cupertino, un petit village situé entre Brindisi et Otrante (Italie). Sa famille était si pauvre qu’il vint au monde dans un réduit derrière la maison. Son père, charpentier de métier, ne pouvait plus payer ses dettes et la maison venait d’être vendue. Il eut une enfance malheureuse. Devenue veuve, sa mère le considéra comme une nuisance et un fardeau et le traita avec une grande sévérité. Enfant, il fut extrêmement distrait et apathique. Il oubliait de prendre ses repas, et lorsqu’on le lui rappelait, il répondait simplement. “ J’ai oublié ” et vagabondait bouche bée dans tout le village, ce qui lui valut le surnom de “Boccaperta”, le "bailleur ”. Il était colérique, et donc peu apprécié ; mais dans ses devoirs religieux, il se montrait exemplaire et même précoce. Lorsque arriva le moment de gagner sa vie, Joseph devint apprenti chez un cordonnier. Il s’exerça quelque temps à ce métier, mais sans succès. A l’âge de dix-sept ans, il se présenta auprès des Franciscains Conventuels, qui rejetèrent sa demande. Il alla donc voir les Capucins, qui l’acceptèrent comme frère laïc, mais il fut renvoyé au bout de huit mois pour inaptitude aux fonctions de cet ordre. Joseph s’adressa alors à un riche oncle qui refusa catégoriquement d’aider ce bon-à-rien. Le jeune homme retourna donc chez lui désespéré et miséreux. Sa mère, qui n’était pas du tout heureuse de le voir encore à sa charge, usa de son influence auprès de son frère, un Franciscain Conventuel, pour que les frères l’acceptent comme serviteur à Grottella. Il reçut l’habit tertiaire et se mit au travail dans les étables. Il semble alors qu’un déclic se soit produit chez lui puisqu’il commença à travailler convenablement. En outre, il sut tellement se faire apprécier par son humilité, sa douceur, son amour de la mortification et de la pénitence qu’en 1625, on décida qu’il devait être admis parmi les religieux du choeur, et qu’il pourrait entrer dans les ordres. Joseph commença ainsi son noviciat et ses vertus firent de lui un objet d’admiration. Mais il se fit également remarquer par l’absence de progrès dans ses études Après avoir reçu la prêtrise en 1628, il passa cinq ans sans toucher ni au pain ni au vin. Le vendredi, il mangeait des herbes qui étaient si mauvaises que lui seul pouvait y goûter. Le jeûne qu’il observait pendant le Carême était si strict qu’il n’absorbait aucune nourriture à l’exception du jeudi et du dimanche. Il consacrait tout le reste de son temps à des tâches ménagères et routinières simples dont il savait que c’était tout ce qu’il était capable de faire. A partir du jour de son ordination sacerdotale, la vie de Joseph fut une longue série d'extases, de guérisons miraculeuses et d’événements surnaturels sans précédent chez tous les autres saints. Joseph fut envoyé à Assise où une fois de plus ses supérieurs le traitèrent avec une extrême sévérité, le considérant comme un hypocrite. Il y arriva en 1639 et y demeura pendant treize années. Au début, il traversa de nombreuses épreuves, à la fois intérieures et extérieures : Dieu semblait l’avoir abandonné. Ses exercices religieux s’accompagnaient d’une aridité spirituelle qui l’affligeait considérablement ; de terribles tentations le plongeaient dans une telle mélancolie qu’il osait à peine lever les yeux. Informé de la situation, le Ministre général l’appela à Rome et, après l’avoir gardé trois semaine, le renvoya à Assise. En route pour Rome, le saint homme assista à un retour des consolations divines qui l’avaient quitté. En 1653, pour des raisons inconnues, l’Inquisition de Pérouse reçut pour mission de retirer saint Joseph de son Ordre, et de le placer chez les Capucins dans les lointaines collines de Pietrarossa, où il vécut en reclus. Joseph se trouvait en fait en captivité. Il n’était pas autorisé à quitter les limites du couvent, à parler à quiconque à l’exception des frères, à écrire ou à recevoir de lettres. Il était totalement coupé du monde. Mais on découvrit rapidement sa retraite : les pèlerins commencèrent à affluer. On le fit à nouveau disparaître et il recommença à vivre en reclus auprès des Capucins de Fossombrone. Il passa ainsi le restant de ses jours. Lorsque, en 1655, le chapitre général des Franciscains Conventuels demanda le retour de son saint à Assise, le pape Alexandre VII répondit qu’un seul saint François suffisait à Assise. En 1657, il fut toutefois autorisé à se rendre à la maison conventuelle d’Osirno. Mais là, la solitude était encore plus stricte et seuls quelques religieux triés sur le volet étaient autorisés à lui rendre visite dans sa cellule. A cette époque jusqu’à la fin, les manifestations surnaturelles furent son pain quotidien. Abandonné à lui-même, Dieu n’en était que plus à ses côtés. Le 10 août 1663, il tomba malade et sentit que sa fin était proche. Il s’éteignit cinq semaines plus tard à l’âge de soixante ans. Il fut canonisé en 1767.
NOTRE-DAME DE LORETTE (10 décembre)
La légende dit que la Sainte Maison de Joseph, Marie et Jésus vola à travers les airs, portée par des anges, de Galilée jusque en Italie en traversant ce qui est aujourd’hui l’ex-Yougoslavie. Notre-Dame de Lorette semblait donc tout indiquée pour devenir patronne de tous ceux qui travaillent dans l’aviation. Cette décision fut officiellement approuvée par un décret de la Congrégation Pontificale pour les Sacrements du 24 mars 1920. Lorette est une ville de la côte adriatique italienne, au sud d’Ancône. Elle semble avoir été un lieu de culte de la Vierge Marie dès le 12ème siècle : on raconte que la statue de la Vierge qui s’y trouve a été apportée par les anges. Vers la fin du 15ème siècle, ce lieu abritait la Sainte Maison dans laquelle Marie était venue au monde et dans laquelle avait eu lieu l’Annonciation. C’est cette maison qui, après un bref séjour en Dalmatie - sur l’autre rive de l’Adriatique - avait été emportée en Italie par des bras angéliques. En 1294, si l'on en croit un document du 16ème siècle. De nombreux miracles furent attribués à cette châsse, petite construction rectangulaire aujourd'hui recouverte de marbre et enfermée dans une basilique à dôme. La construction est faite de matériaux introuvables dans la région de Lorette, et ne présente aucune fondation.
LA MARINE NATIONALE ET LA VIERGE MARIE Les marins ont quelques saints protecteurs mais pas véritablement de saint patron, sinon la Vierge Marie, “ Maris Stella ”. La marine d'Etat se souvient de Notre-Dame du Rosaire (7 octobre), dont la fête fut instituée par le pape Pie V pour commémorer la victoire de Lépante. Le Pape approuva la décision de Don Juan d’Autriche, l’amiral de la coalition chrétienne, qui avait dit à ses marins de manger de la viande avant le combat, bien qu’on fût un vendredi. Un indult jamais révoqué dispense depuis lors les marins de l’abstinence.
ASSOMPTION DE LA VIERGE MARIE (15 août) Marie,- Notre Dame-, ainsi que Saint Bernard et les médiévaux la désignaient avec respect et affection, est la mère du Christ Jésus. Honoréen universellemnt par les chrétiens (mais aussi par les musulmans), elle l'est, dans les Armées, surtout par les marins et les aviateurs. Marie est invoquée par le smarins notamment comme "l'Etoile de la mer" (stella maris), qui les guide sur l'immensité des océaas et de la vie. Marie est aussi honorée par les marins sous le titre de Notre Dame du Rosaire (fête le 7 octobre) en souvenir de la bataille navale de Lépante en 1571 où la flotte turque fut défaite par une coalition chrétienne alors que les fidèles, à l'appel du pape, priaient le rosaire pour obtenir la victoire. Aujourd'hui encore, les marins participent au pélerinage du rosaire à Lourdes, chaque année. Marie est aussi invoquée par les aviateurs, sous le vocable de Notre Dame de Lorette, Notre Dame des ailes, Notre Dame des équipages (cf. le titre de la chapelle de la base de Toulouse Francazal). C'est le pape Benoît XV, qui, le 24 mars 1920, a officiellement déclaré "Notre Dame de Lorette", protectrice des aviateurs. Une vieille croyance populaire atteste que la maison de Marie, à Nazareth, afin qu'elle ne tombât pas aux mains des musulmans, fut transportée par des anges jusqu'en Dalmatie, puis, de là à Lorette, près d'Ancône. Quleque soit l'authenticité historique de cette translation miraculeuse, elle situe Marie comme protectrice de ces nouveuax et étranges transporteurs du ciel que sont les aviateurs au début du 20ème siècle. A vrai dire, il ne s'agit pas là - tout comme pour les mécanos avec saint Eloi - d'un patronnage spécifiquement militaire. Il est commun avec l'aviation civile.
SAINTE GENEVIÈVE (26 novembre)
Thaumaturge et attentive de toutes manières à soulager les misères des pauvres, Geneviève fut très vite l'objet d'une dévotion populaire après sa mort. Clovis qui l'avait en grande estime fit bâtir une église qui devint l'abbatiale Sainte Geneviève. Une autre église construite à côté au VXIème siècle, Saint Etienne du Mont, abrite aujourd'hui encore les reliques de Geneviève. Femme forte, paisible et de grande autorité, femme qui sut rétablir l'ordre et la paix de la cité au cours des pires épreuves, Geneviève reste un repère et un exemple pour tous les gendarmes dans leur labeur, en même temps qu'elle intercède pour eux. Par décret en date du 18 mai 1962, le bienheureux pape Jean XXIII a solennellement désigné sainte Geneviève comme patronne de la Gendarmerie, dont il avait pu apprécier les engagements et le sens du service comme nonce apostolique à Paris, peu auparavant. [1] Au calendrier de l'Eglise, la fête de sainte Geneviève figure au 3 janvier qui correspond à la date de sa mort, c'est-à-dire de sa naissance au ciel. Cependant, cette date n'étant pas favorable au rassemblement des gendarmes requis par cette célébration, elle est célébrée par la gendarmerie au 26 novembre, qui correspond à la fête de Sainte Geneviève des Ardents, institué par le pape Innocent II pour le diocèse de Paris en l'honneur des miracles de guérison de la peste opérés à l'invocation de la suite en cette ville en l'an 1130. La gendarmerie étant une unité dont les origines sont liées à l'histoire de la ville de Paris, cette date paraît particulièrement bien convenir.
SAINT COME ET SAINT DAMIEN (26 septembre)
L’histoire qui suit, résumé des légendes entourant ces saints jumeaux, justifie suffisamment qu’au Moyen Age, ils soient devenus les patrons des docteurs ainsi que d’une variété de professions associées à la médecine, comme, à un certain moment, les barbiers. Saints Côme et Damien étaient frères jumeaux, nés en Arabie. Ils étudièrent les sciences en Syrie et devinrent des médecins célèbres. Etant chrétiens et remplis de la sainte charité, ils pratiquaient leur profession avec grande application et beaucoup de succès, mais n'exigeaient jamais d’honoraires de la part de leurs patients. Ils vivaient à Egée dans la baie d’Alexandrette, en Cilicie. Ils étaient évidemment aimés et respectés de ceux sur lesquels s’exerçait leur charité. On les respectait aussi, plus généralement, pour leur zèle en faveur de la foi chrétienne qu’ils propageaient chaque fois que leur profession le leur permettait. Quand la persécution commença à faire rage, il fut impossible à des gens aussi connus qu’eux d’échapper aux mailles du filet. Ils furent donc arrêtés sur ordre de Lysas, le gouverneur de Cilicie, et décapités après avoir été torturés. Leurs corps furent ramenés en Syrie et enterrés à Cyrrhus, qui fut le centre principal de leur culte. Là, les textes les plus anciens situent leur martyre. Les légendes agrémentent cette histoire assez simple de nombreuses merveilles. Par exemple, avant d’être décapité, ils auraient défié la mort par noyade, le feu ou la crucifixion. Pendant qu’ils pendaient sur des croix, la foule leur aurait jeté des pierres, mais ces projectiles se seraient retournés contre ceux qui les lançaient. De la même manière, les flèches des archers qui devaient les tuer, se retournaient en l’air pour frapper ceux qui les avaient tirées (les mêmes prodiges sont attribués à Saint Christophe et à d’autres). Les trois frères de Côme et de Damien -Anthime, Léonce et Euprepius- auraient été mis à mort en même temps qu’eux : leurs noms figurent au martyrologe romain. Beaucoup de miracles de guérisons leur ont été attribués après leur mort : les saints apparaissaient parfois aux malades pendant leur sommeil, leur prescrivant une thérapie ou les guérissant sur le champ, comme cela se passait pour des dévots païens dans les temples d’Esculape ou de Serapis. Parmi les personnages célèbres qui ont attribué aux saints Côme et Damien la guérison d’une maladie sérieuse, il y eut l’empereur Justinien 1er qui honora la cité de Cyrrhus à cause de leurs reliques. Deux églises ont apparemment été construites en leur honneur au début du 5ème siècle. Leur basilique romaine avec son exquise mosaïque fut consacrée vers 530.
SAINT CAMILLE DE LELLIS (18 juillet)
Il est né le 25 mai 1550 à Bucchianico (Abruzzes). Sa jeunesse fut assez dissipée. Il se convertit à 25 ans et résolut de faire pénitence. Il entra chez les capucins mais par deux fois dut en sortir à cause d’un ulcère incurable à la jambe. C’est à Rome qu’il trouva définitivement l’orientation de sa vie, alors qu’il exerçait le métier d’infirmier à l’hôpital Saint Jacques. Touché de compassion pour les souffrances qu’il avait sous les yeux, voyant le peu de charité de certains employés de l'hôpital, il décida de se consacrer aux malades et aux malheureux “ avec l’amour d’une mère soignant son enfant malade ”. D’infirmier, il devint économe de la maison ce qui lui permit d’envisager une réforme complète du soin des malades. Il groupa autour de lui quelques compagnons qui vont devenir le noyau de l’ordre des clercs réguliers, ministres des infirmes ou Camilliens. Une bulle du 21 septembre 1591 de Grégoire XIV érige l’ordre des Camilliens sous la règle de Saint Augustin. Camille en est le préfet général. Camille n’était pas prêtre ; décidé de le devenir, il se mit à l’étude du latin et fut ordonné prêtre en 1584. Toute sa vie, il fut un homme très charitable. L’importance des réformes qu’il entreprit dans l’assistance hospitalière en fait le précurseur de la bienfaisance publique moderne. La mission spéciale de l’ordre, à laquelle tous les religieux se lient par voeu, même au péril de leur vie, est : “ l’exercice des oeuvres spirituelles et corporelles de miséricorde envers les malades, même atteints de peste, tant dans les hôpitaux et les prisons que dans les maisons privées et partout où il faudra ”, (Constitutions). Ils doivent “ regarder l’hôpital comme un jardin délicieux ”, les malades comme “ leurs seigneurs et maîtres ”. Camille mourut à Rome le 14 juillet 1614.
JOURNEE DE PRIERE POUR LA PAIX (1er janvier)
Le Pape Paul VI a voulu que le 1er janvier de chaque année soit "une journée mondiale de la paix". La journée de 1er janvier est placée sous le patronage de Marie "Mère de Dieu". La 1ère journée de prière pour la paix s'est déroulée le 1er janvier 1968 et en 1969 il décida de donner un thème à chaque journée.
COMMEMORATION DE BIR-HAKEIM (10 juin)
En Lybie, à la fin du mois de mai 1942, la 1ère brigade des Forces Françaises Libres appuie, face aux forces germano-italiennes, la 8è armée britannique. La chute de Tobrouk avait ouvert la voie vers le Caire aux forces allemandes. La 1ère brigade des Forces Françaises Libres devait empêcher l'encerclement des Forces alliées. Le 27 mai 1942 l'armée italienne attaque la position de BIR HAKEIM. Repoussées dans un premier temps après un combat acharné les forces germano-italiennes encercle Bir Hakeim du 1er au 10 juin. Leur supériorité numérique est importante. Le général Rommel, commandant les forces germano-italiennes, exigent une reddition. "Nous ne sommes pas ici pour nous rendre" telle est la réponse du général Keonig qui commande la brigade française. Eau, vivres, munitions vont manquer. Le 10 juin, la garnison reçoit l'ordre, du Commandant de la 8è armée, de se replier. Dans la nuit du 10 au 11 juin les Français parviendront, avec leurs blessés et le matériel, à traverser les lignes ennemies.
Dans "Mémoires de guerre" (tome II, L'appel, p.258) le Général de Gaulle écrit : "De toutes façons, le dénouement approche et je télégraphie au commandant de la 1ère Division légère : "Général Koenig, sachez et dites à vos troupes que toute la France vous regarde et que vous êtes son orgueil !"....Des 5 500 hommes environ, que la 1ère Division légère comptait avant Bir Hakeim, Koenig, après quatorze jours de combat, en ramenait près de 4 000 valides. Nos troupes laissaient sur le terrain 1 109 officiers et soldats, morts, blessés ou disparus.... Mais nous avions infligé à l'ennemi des pertes trois fois supérieures à celles que nous avions subies". Et dans le tome I de "Mémoire de guerre" : "La Nation a tressailli de fierté en apprenant ce qu'ont fait ses soldats à Bir-Hakeim. Braves et purs enfants de France qui viennent d'écrire avec leur sang, une des plus belles pages de gloire !"
Un texte pour pour la commémoration de Bir Hakeim « Aux morts de Bir-Hakeim » par le Révérend Père Charles ALBY : "Ils dorment dans le silence. Dans le silence du désert. C’est plus que le silence ordinaire d’un cimetière. C’est le silence cosmique. C’est le silence d’une solitude absolue. Cette solitude du désert, affranchie de tout instable de la vie, comme dirait Pierre Loti. C’est bien la tombe qu’il leur fallait à ces braves. Un cimetière ordinaire ne leur convenait pas. Un cimetière ordinaire a des dimensions banales ; il est enclos dans des lieux habités, inscrit dans un cadastre. Pas de cadastre au désert, pas de limites ! Aux morts tragiques, il faut des tombes que seul visite, au coucher du soleil, le vent froid du bled. Le vent a passé sur leur bataille, il a transporté l’odeur de leur poudre, il les a aveuglés de son sable. Il a vibré de l’écho des explosions. Lui seul sait. Il est le témoin tellurique de ce combat qui n’a ressemblé à aucun autre. Car ceux de Bir-Hakeim étaient morts avant de mourir. Ils avaient tout sacrifié, ils avaient coupé les amarres. Ils avaient fait à la Patrie un don total. Ils étaient des séparés au point que certains de leurs compatriotes ne les reconnaissaient plus. Ils avaient continué de croire à la Patrie quand celle-ci semblait ne plus croire en eux. Le désert moral était plus rude pour eux que le désert physique. Un petit cimetière de village, un petit cimetière de banlieue n’était point leur affaire. Tout cela est trop administratif et ils avaient envoyé promener l’administration pour retrouver l’âme de la Patrie. Ils sont bien les fils de la terre et c’est pourquoi ils dorment à même le sol sans linceul et sans cercueil. Ô vent du désert soulève un peu de cette poussière qui colle à leurs os et va la porter au-delà de la mer bleue, au-delà des monts et des vallées, jusqu’à l’arc du Grand Empereur, et dépose ce sable non point dessous, mais dessus bien haut, afin que du haut du ciel tous les grands soldats de France, de Jeanne d’Arc à Foch, la voient, cette poussière ! Ô morts de Bir-Hakeim, vous reposez seuls au milieu de vos trophées et des instruments de votre martyre, au milieu des restes de la mitraille et des chars ennemis que vous avez arrêtés. Vous restez dans la bataille... car la bataille continue ... La grande stèle dresse la Croix de Lorraine sur ces arpents de terre nue et quand son ombre s’allonge, au déclin du soleil, le vent du soir, courant sur les asphodèles et sussurrant dans les barbelés, souffle à l’oreille du pèlerin qui s’attarde : « PASSANT, VA-T-EN DIRE A LUTECE QUE DEUX CENTS BRAVES SONT TOMBES ICI POUR QUE VIVE LA FRANCE. »
Un combattant de Bir Hakeim Jacques-Réginald Savey est né le 10 octobre 1910. A 26 ans, révérend père dominicain, il part comme missionnaire en Syrie en Haute-Djézireh. Sous-Lieutenant de Réserve, Jacques-Réginald Savey est mobilisé le 28 août 1939 et affecté à un service de renseignement. Pendant l’été de 1940, il hésite deux mois à cause de ses convictions religieuses, sur la conduite à tenir après la signature de cette Armistice, qu’il n’admet pas plus que la politique d’un gouvernement qui renverse les alliances traditionnelles de la France. Promu Capitaine en novembre 1940, Jacques-Réginald Savey a participé aux combats en Syrie, en Erythrée, en Cyrénaïque et en Egypte. Lors de la campagne d’Erythrée, à la bataille de Massaouah, en mai 1941, le 1er BIM est cité à l’ordre de l’Armée. La 3ème Compagnie, sous les ordres du Capitaine Savey, a provoqué la reddition de 1943 Italiens. Nommé à la tête du 1er BIM en juin 1941 après la prise de Damas et promu Chef de Bataillon à cette occasion pour “ services exceptionnels ”, Jacques-Réginald Savey a trouvé une mort glorieuse à la tête de son bataillon lors de la sortie de vive force de Bir-Hakeim le 10 Juin 1942. Il avait 31 ans. La citation décernant, à titre posthume, la Croix de la Libération au Commandant Savey, souligne la valeur morale et militaire exceptionnelle de ce prêtre missionnaire officier de l’Infanterie de Marine, digne héritier de la tradition des croisés de Syrie. La dépouille du Chef de Bataillon Savey a été rapatriée de Bir-Hakeim en 1946. Le père savey repose aujourd’hui au cimetière conventuel d’Etiolles avec ses frères de religion.
COMMEMORATION DES FIDELES DEFUNTS (2 novembre)
La commémoration des fidèles défunts apparaît dès le 10ème siècle et perpétue la tradition monastique de consacrer une journée à la prière pour les défunts, tradition qui date du 7ème siècle. C’est Saint Odilon quatrième abbé de Cluny qui institua cette fête en 998 et la fit célébrer au lendemain de la Toussaint. L’usage s'étendit très vite à tout l’univers chrétien. Après s’être réjouie hier (1er novembre) avec les saints qui partagent en plénitude la joie du Seigneur, l’Eglise prie aujourd’hui (2 novembre) pour tous ceux qui attendent le jour où ils pourront se joindre à l’assemblée des saints Les textes de la liturgie nous invitent à raviver notre espérance devant la réalité mystérieuse de la mort ; ils rappellent la résurrection de Jésus et la certitude de notre propre victoire sur le péché et sur la mort dès aujourd’hui et pour l’éternité, car c’est dans le Christ qu’a resplendi pour nous l’espérance de la résurrection bienheureuse. “ Le Seigneur est la lumière et le salut de tous ceux qui ont mis en lui leur confiance ” (Ps 26). Si nul ne peut échapper à la mort, à la condition mortelle, c’est dans le Christ que tous revivront (antienne d’entrée de la messe). Jésus-Christ a détruit la mort et ouvert à tout croyant les portes de la vie “ Je suis la résurrection et la vie ” dit le Seigneur “ Celui qui croit en moi, même s’il meurt vit, et tout homme qui croit en moi ne mourra jamais ” (antienne de communion). Les chrétiens attendent la manifestation glorieuse du Christ et une nouvelle terre où régnera la justice. Nous sommes tous des voyageurs tendus vers la patrie.
COMMEMORATION DE L’ARMISTICE DE LA PREMIERE GUERRE MONDIALE
une homélie du Cardinal Pierre EYT, archevêque de Bordeaux : "En ce jour du 11 novembre 1996, je me reporte non sans émotion au compte-rendu du “ Te Deum de la Victoire libératrice ” tel que le désigne et le relate, à quelques jours de l’événement, notre hebdomadaire diocésain “ L’Aquitaine ”. La célébration mémorable a lieu le dimanche 17 novembre 1918 : “ A Bordeaux, est-il rapporté, la foule a envahi églises et chapelles, et à la même heure, partout, les catholiques ont fait de leur foi et de leur patriotisme une des plus grandioses manifestations qui se soient jamais vues. A la Cathédrale, Son Eminence le Cardinal a célébré la Messe... Il a entonné le “ Te Deum ” et la foule a reprit. Ce fut superbe. De tous les coeurs, même les plus meurtris, montait vers Dieu, à travers les larmes de joie ou de deuil, l’hymne de la reconnaissance ” (L’Aquitaine, 1918, p.536). Aujourd’hui, en 1996, chacune et chacun de nous peut ressentir le contraste entre la célébration populaire de 1918 et la présente commémoration, soixante-dix-huit ans après. Au fil du temps, la forte émotion originelle s’est refroidie, la foule éloignée, l’enthousiasme éteint. Seuls participent à notre célébration ceux et celles qui, à des titres divers, se sentent en représentation des autres. Nous le faisons au nom de l’Etat, de la région, du département, de la ville, des armées, de la magistrature, de l’université, des associations d'anciens combattants, de résistants, de victimes de la guerre, de l’Eglise. Mais la foule des citoyens semble avoir pris acte du fait que désormais la célébration du 11 novembre ne constitue plus qu’un jour chômé. Une telle situation m’inspire quelques réflexions, non par rapport à ceux qui ne sont pas là, mais par rapport à nous qui sommes présents et, par cela même, toujours concernés. Tous en effet qui sommes ici, y sommes, à un titre ou à un autre, en représentation de la Cité. Nous sommes présents pour les autres citoyens et en leur nom. Cela constitue une responsabilité et un honneur, tout comme constituent une responsabilité et un honneur les fonctions que nous exerçons, jour après jour, à l’intention des autres, à travers le service de l’Etat ou service public, service rendu “ au nom du Peuple français ”. Or, nous le percevons clairement (et ceci concerne toutes les Démocraties du monde), il y a aujourd’hui une discussion violente sur le bien-fondé de l’autorité politique et des pouvoirs qui l’expriment. Nous sommes même témoins d’un débat tumultueux et sans cesse relancé sur les privilèges réels ou imaginaires que s’octroieraient sans contrepartie d’obligations proportionnées, ceux qui détiennent une charge publique. La très vive sensibilité qui sur ce point se manifeste chez beaucoup de nos concitoyens constitue une alerte, mais aussi un encouragement. Ma propre mission n’est pas d’insister sur l’alerte. L’opinion publique y vibre déjà suffisamment. Par contre, je soulignerai le signal d’encouragement que peut comporter le débat actuel, pour difficile qu’il puisse être parfois. En effet, la responsabilité de l’homme public n’est pas usurpée. Est hautement légitime aussi que ceux qui en ont la charge exercent la capacité de juger, de décider et de faire exécuter les lois de la République. Saint Paul le rappelait déjà aux tous premiers chrétiens de Rome, la capitale de l’Empire : “ L’autorité vient de Dieu... il n’y a d’autorité que par Dieu et celles qui existent sont établies par Lui... C'est encore la raison, poursuit-il, pour laquelle vous payez des impôts : ceux qui les perçoivent sont chargés par Dieu de s’appliquer à cet office. Rendez à chacun ce qui lui est dû : l’impôt, les taxes, la crainte, le respect, à chacun ce que vous lui devez ” (Ro. 13, 1, 6, 7). Il n’y a donc pas de malédiction qui pèserait sur les responsabilités publiques. A condition toutefois que leur exercice constitue pour celui qui en a la charge une source exigeante d’obligations. Saint Pierre précise à l’intention des responsables qu’il s’agit de devenir “ les modèles ” des autres, en servant soi-même “ de bon gré, non par contrainte, mais par dévouement ” (I Pierre 5, 2, 3). Jésus avait lui-même dit d’une manière insurpassable qu’il était venu pour « servir et non pas pour être servi » (Marc 10, 45). Ainsi, en commémorant, ce matin, une date qui, irrémédiablement s’éloigne de nous, nous nous comptons peu nombreux certes, mais en représentation consciente et déterminée des autres citoyens. Nous voici appelés à vivre cette heure et l’ensemble de notre charge avec un sens plus aigu que jamais de la grandeur de notre Office. Jésus nous compte tous parmi ses “ serviteurs ”, même si parfois comme dans l’Evangile nous avons le sentiment d’être des “ serviteurs inutiles ” (Luc 17, 10). Le civisme, la conscience du bien commun, le courage pour faire triompher l’équité, l’accomplissement du devoir d’Etat, la disponibilité et le désintéressement, la recherche de la justice, le souci du dialogue constituent un chemin d’humanité. Nous voulons y progresser avec tous nos concitoyens, avec tous nos “ frères ”, les plus pauvres et les plus démunis en premier. N’est-ce pas la devise de la République qui nous appelle elle-même à la fraternité ? Que Saint Martin que nous célébrons aujourd’hui nous apprenne la grandeur du service des pauvres et de tous ceux qui sont sans défense, dans un climat social de plus en plus difficile. " Cardinal Pierre EYT |
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