armes de fer, armes de lumière
Armes de fer, armes de lumière
A l’occasion de la cérémonie internationale d’ouverture du 52ème PMI à Lourdes , le vendredi 21 mai 2010, j’avais eu l’opportunité de dire :
« Notre présence ici, tous ensemble, signifie et réalise une chose très simple et très forte : pour gagner la paix, nous chrétiens, nous avons mission de joindre aux armes de fer les armes de lumière. Nous savons que laisser à elles seules, nos armes de guerre, aussi maîtrisées soient elles, n’obtiendront jamais
Revenons sur ce thème fondamental, plusieurs questionnements au cours de ces dernières semaines m’en confirme
1. Le mouvement de la guerre s’accélère telle une voiture dont les freins lâchent en descente
La vraie guerre ne s’arrête pas aux portes de nos coeurs. Ni même à celle de nos lèvres. Le mouvement d’hostilité commence à l’intérieur. Mais, de là, il gagne les mots pour le reproche puis l’agressivité. A ce point, il ne tient plus en cage dans la prison du virtuel. Il part à la conquête des actes : alors commence la guerre.
Comme une odeur de pestilence se répand plus vite qu’un parfum d’amour, l’esprit de guerre contamine tout autour de soi poussé par l’exemple du premier geste. Et la violence d’un homme seul devient la lutte d’un peuple. Et les peuples se liguent et se combattent. Parfois sans même savoir pourquoi parce que la raison disparaît très tôt dans ce mouvement hystérique. Là où un homme seul pouvait encore être raisonné, une masse polarisée devient insensible à l’esprit de Paix. Souvent, l’intelligence d’une foule est inversement proportionnelle à son nombre.
Les moyens de la guerre surgissent aussitôt, d’abord naturels, attrapés au hasard sur le bord du chemin. Puis ils s’inventent presque d’eux-mêmes tant la fièvre de la mort brûle ceux qui
Et les armes de fer investissent le champ de guerre.
L’infeste sorcière se dresse partout, voulant régner sur tous. L’horrible grimace de la mort fige son visage. La guerre avance tel un monstre hideux : laid, totalitaire, esclavagiste. « Une aventure sans retour » disait Jean-Paul II. Une spirale affolée de violence qui s’autoféconde. Une spirale incontrôlable par elle-même. Laissée à elle-même, elle tourne au massacre des vies ou des consciences. Elle s’installe à la table des hommes comme un ogre qui finit par dévorer ses propres enfants.
2. L’horreur de la guerre plaide pour l’existence de beaux militaires
Voilà pourquoi les militaires existent : ils n’existent pas pour faire exister
La grandeur et la beauté du militaire viennent de son horreur de
Expliquons cela : dans le monde des hommes, l’esprit peut s’opposer à l’esprit seul mais l’esprit seul ne peut pas arrêter la force des actes matériels. La spirale d’acier entretenue par la guerre réclame pour être arrêtée des armes de fer maniées par des âmes claires. Parce que la folie n’obéit plus à
Les antimilitaristes n’ont jamais compris le mécanisme de la guerre : ils n’ont pas saisi (par manque de réalisme et d’expérience) qu’elle n’est pas une lutte comme les autres. Ce qui la qualifie, c’est précisément cette spirale vicieuse, une démarche de géant devenu fou qu’aucun esprit de paix, de pardon ou de renoncement ne peut bloquer ou dévier. Refuser la méthode « forte » conduit inévitablement à un état inhumain car la soumission à la folie humaine ne peut promouvoir qu’une société injuste. Ce que, à titre personnel, un saint peut accepter pour un bien plus grand (pensons au martyr), un Etat, soucieux du bien commun de tout un peuple, ne peut le ratifier par méprise, erreur, peur ou insouciance. L’inacceptable ne doit jamais être accepté sinon comme « ruse de guerre ».
La guerre se dit elle-même à travers ce processus de violence progressivement élargie selon une spirale de folie où la raison n’a pas plus sa place sinon pour justifier l’injustifiable, pour fourbir des armes ou détruire la psychologie de ses adversaires. Mais alors, ne parlons plus, à propos de la guerre, de raison mais de logique. De logique guerrière. C’est donc en tant que folie du désordre que nous mettons sur un combat précis l’âpre nom de « guerre ». On a eu trop tendance à la définir comme une lutte contre l’extérieur, voire d’un Etat contre un autre alors que l’histoire montre bien qu’un désordre maximum introduit à l’intérieur de nos frontières mérite, par le nom et par les actions conduites, un « état de guerre ».
Pour autant ne limitons pas l’action des soldats à l’usage maîtrisée de la force armée : le maniement des armes de fer, aussi judicieux soit-il, n’établira jamais la paix détruite par l’initiative de
Alors surgit une autre nécessité qui n’abolit pas la première, à savoir l’usage des armes de fer. Cette deuxième nécessité liée à la guerre, c’est celle d’user des armes de lumière.
3. Les armes de lumière dans le combat et au terme de la lutte
Les armes de lumière s’emploient en toutes circonstances et sans limitation aucune. Et cela pour deux raisons :
a. Parce que le militaire armé de fer peut, comme le jeune David combattant le géant Goliath, succomber sous le poids de ses armes trop lourdes pour lui. Le récit du premier livre de Samuel (1 Sam 17, 38-39) nous invite à une lecture symbolique : David ne peut plus avancer sous le poids d’un armement de bronze auquel il n’est pas préparé. Au sens figuré, David pliant sous la séduction des armes semblables à celles de son adversaire, peut rentrer à son tour dans la spirale qu’il combat, emporté lui aussi, malgré lui, dans la spirale de
Elles le domine alors que c’est à lui de les maîtriser. « Humaniser la guerre ! » demandait instamment Pie XII. Comment ? Par la prière,
b. Parce que
Nous en avons un exemple efficace dans l’histoire du XXème siècle entre la France et l’Allemagne : d’abord deux guerres mondiales puis une collaboration exemplaire. Que s’est-il passé ? La première guerre (1914-1918) n’a pas été suivie de fraternité construite. On l’avait appelé « la der des ders » : quelle sottise ! La Paix n’est pas née et la guerre trouvant le champ vide, un désert creusé de rancoeur et d’esprit de revanche, la guerre va s’installer à nouveau. Après la seconde guerre (1939-1945), sous l’impulsion et à l’initiative de grands hommes de foi, la victoire fut suivie d’une volonté et d’actions concrètes de concorde : Adenauer, Schumann, Gasparri posèrent les prémices de la Paix réelle qui se nomme aussi fraternité. Qui aujourd’hui considèrerait l’Allemagne comme un adversaire, elle qui se pose avec raison en partenaire privilégié de la France ?
Mais y aura-t-il un après de Paix si déjà, au cœur des combats, la présence des forces de lumière et d’amour ne sont pas à l’œuvre ?
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