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Ils n'ont pas démérité - juin 2012

 

poinardLE BILLET DU VICAIRE GENERAL

J’ai été très intéressé d’apprendre hier la sortie d’un livre dû à la plume de Sylvie Bernay et intitulé « L’Eglise de France face à la persécution des Juifs » (CNRS Editions). J’avais en effet, comme étudiant, eu à lire les comptes rendus rédigés durant la guerre par Mgr Emile Guerry, nommé en 1940 archevêque coadjuteur de Cambrai et surtout secrétaire de l’assemblée des cardinaux et archevêques de France, ancêtre de notre actuelle Conférence épiscopale. Je m’étais dit que si, un jour, j’avais un peu de temps, je tenterais de rétablir une vérité souvent déformée ou même occultée concernant l’attitude de nos évêques durant l’occupation. Car il est de bon ton de laisser penser que l’épiscopat français s’est comporté en bloc, entre 1940 et 1944, comme une vulgaire lavette à plancher ou une cireuse de pompes germaniques. Or il n’en est rien, quoiqu’en disent les traficoteurs de l’Histoire. Il suffit de se pencher sur les textes d’époque, d’étudier la correspondance et les archives, pour voir que, dans l’ensemble, à part deux ou trois cas extrêmes il est vrai, l’ensemble de l’épiscopat a fait bloc pour essayer de sauver l’essentiel et n’y a finalement pas trop mal réussi.

            Le travail méthodique de Sylvie Bernay qui a épluché toutes les archives, met en évidence une profonde concertation du clergé, évêques et prêtres, pour contrer les persécutions nazies à l’égard non seulement des Juifs mais des résistants et, plus généralement de toute personne poursuivie par la vindicte fanatique des fascistes. Les catholiques peuvent garder la tête haute : après une période de flou (1940-1941) où l’Eglise de France se demande à quelle sauce elle sera accommodée, tant du côté de Vichy que du côté de Berlin, le clergé se ressaisit rapidement. Certes le régime du maréchal attire au départ  beaucoup de sympathies et les premières mesures politiques prises par le gouvernement caressent les catholiques dans le sens du poil. Mais dès lors que les persécutions de masse commencent (1942) la réaction est majoritairement celle de l’indignation : comment rester insensibles face à la déportation massive quand du peuple catholique s’élèvent en nombre des voix insistantes pour que les évêques fassent entendre leur protestation ? Ce sont alors les interventions des cardinaux Saliège, Gerlier et Suhard ainsi que de plusieurs autres évêques qui auront une portée considérable au-delà de nos frontières. Ce sont les engagements de Mgr Théas, Mgr Chappoulie, Mgr Piguet, Mgr Rémond (avec son réseau Marcel) et de tant d’autres qui permettront de monter des filières clandestines : les persécutés sont cachés, exfiltrés. Evêchés, presbytères et couvents ont leurs officines de faux papiers. Je n’oublie pas que dans ma propre paroisse deux frères prêtres ont été déportés pour ces motifs. Toute cette action souterraine réalisée avec l’accord explicite du nonce, Mgr Valerio Valeri, qui informe Pie XII et transmet le soutien effectif du pape dans cette résistance.

            Oui il y eut concertation des évêques de France, oui il y eut coopération avec Rome pour mener une politique d’opposition aux persécutions nazies dans tous les diocèses et dans de nombreuses congrégations religieuses parmi lesquels Jésuites et Dominicains ont tenu un rôle immense : il n’est qu’à voir le nombre considérable de prêtres et de religieuses qui ont été honorés après la guerre du titre de JUSTE PARMI LES NATIONS par les autorités israéliennes. Les historiens parlent d’une exception française en Europe occupée : nous sommes le pays où, en proportion, le plus grand nombre de Juifs ont été sauvés, simplement par l’action de la population. Même s’ils n’ont pas été les seuls, les catholiques ont pris leur part de ce sauvetage et l’encouragement reçu des évêques et des prêtres n’y a pas été pour rien.

Robert POINARD