Temps Pascal
LE BILLET DU VICAIRE GENERAL
A la sortie de la messe de Pâques, sur le parvis de l’Eglise, j’ai été interpellé par une dame qui me demandait si, dans des temps d’incertitude et d’angoisse comme le nôtre, on pouvait encore oser fêter la résurrection. Ma réponse a jailli spontanément et avec énergie : « plus que jamais ! »
Nous avons, et je l’ai bien souvent dénoncé dans mes billets, cette propension naturelle à croire que le présent toujours est pire que le passé. C’était déjà le cas à l’époque de saint Augustin : ses diocésains se plaignaient des difficultés du moment en rappelant le temps béni de la paix. Et Augustin leur répondit : « Ne dites pas que ces temps sont mauvais. Soyons bons et ces temps seront bons car nous sommes le temps. »
Nous venons de fêter les cinquante ans du Concile Vatican II. A l’époque, dans le milieu du XXème siècle, le bon pape Jean XXIII dénonçait déjà ceux qu’il appelait les « prophètes de malheur » qui, en quelques minutes, vous repeignent tout en noir du sol au plafond et du nord au midi… Pourtant, Dieu sait si le contexte des années 60 était tendu : les Russes venaient d’installer des missiles nucléaires à Cuba et l’on parlait d’une troisième guerre mondiale ; la famine régnait sur les trois quarts de l’Afrique ; on brandissait avec une certaine émotion le thème de « l’équilibre de la terreur » et trois continents connaissaient des guerres effroyables, notamment au Vietnam. En y regardant de près, il y a un demi-siècle les choses n’étaient ni meilleures ni pires : nous n’avons plus Cuba mais nous avons l’Iran qui tient à portée de ses missiles le peuple d’Israël ; nous avons encore la famine dans la corne de l’Afrique et s’il n’y a plus de Vietnam nous avons l’Afghanistan et son voisin le Pakistan qui ne vaut guère mieux, plus le terrorisme et bien d’autres joyeusetés semblables… Est-ce une raison pour demeurer dans les ténèbres du Vendredi Saint, perdre confiance en Dieu et en l’homme ? Ces temps sont-ils plus mauvais que ceux d’hier ou d’avant-hier ? J’en doute. Comme Augustin je crois que ces temps sont ce que nous en faisons… D’ici quelques semaines des élections, présidentielle et législatives, nous donneront prochainement l’occasion de manifester nos convictions et d’infléchir des axes de gouvernement. Oh, je ne suis pas naïf et je sais bien que cela ne fait pas tout mais enfin c’est une manière comme une autre d’aider à ce que les temps ne soient pas si mauvais…
Nous venons de célébrer Pâques. Le Christ nous invite à croire en sa résurrection : la vie surgit toujours de nos tombeaux. Dieu fait naître et renaître la vie, sans cesse, y compris de toutes nos morts. Ce qui me fait croire en la puissance de résurrection que Dieu a semé dans sa création c’est cette revanche permanente que prend chaque jour la vie dans tous les domaines. Il n’est qu’à ouvrir les yeux pour voir tous les germes de résurrection qui surgissent sans cesse autour de nous. Certains voudraient semer ce que le concile appelait déjà il y a cinquante ans une « culture de l’angoisse » et nous persuader que notre planète est fichue et que les hommes ne valent pas le coup qu’on se batte pour eux. Il existe même des courants qui sont franchement anti-humain et qui non seulement cultivent l’angoisse mais un culte morbide de la mort. Ceci n’est pas nouveau : au moment de l’an mille ils semaient déjà, par de funestes théories, leurs germes de désespoir.
Eh bien non. Pâques est une victoire et c’est ainsi que nous devons vivre cette fête : ce n’est pas seulement le relèvement de Jésus crucifié sortant de son tombeau. C’est notre propre relèvement qui s’opère jour après jour, nos tombeaux qui s’ouvrent, nos croix qui verdissent et s’ornent de mille fleurs. Comme la puissance de Dieu s’est révélée dans la faiblesse d’un homme elle continue de se déployer dans les faiblesses de notre monde. La mort n’aura jamais le dernier mot car notre Dieu est le Dieu des vivants. Alléluia !
ROBERT POINARD








