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A nouvelle évangélisation nouveaux évangélisateurs...

le Billet du Vicaire généralpoinard

            Les aumôniers militaires étaient réunis cette semaine en session d’étude nationale dans les Vosges. Ils ont été profondément marqués - et moi le tout premier - par l’énergique intervention de Mgr Salvatore Fisichella, président du conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation.

            Le prélat part d’une constatation : « nous vivons une période de grands défis qui pèsent sur le comportement de générations entières et qui sont le fruit du passage entre la fin d’une époque et l’entrée dans une nouvelle phase de l’histoire de l’humanité. A côté d’éléments positifs liés aux progrès des sciences et de la technique, mais aussi à l’engagement toujours plus conscient de tant de personnes dans leur vie de foi, on voit aussi apparaître des formes de discrimination et de marginalisation sociales inconnues jusque là, ainsi qu’un éloignement de la foi qui est la conséquence de la diffusion de l’indifférence religieuse, prélude à un athéisme de fait. La méconnaissance des contenus de la foi et de la culture conduit à des comportements et des jugements moraux contraires aux principes sur lesquels étaient bâtie la civilisation depuis au moins vingt-cinq siècles. Le relativisme, dont le pape Benoît XVI a toujours dénoncé les limites et les contradictions vis-à-vis d’une anthropologie cohérente, apparaît comme la caractéristique des dernières décennies où le sécularisme tend à éloigner nos contemporains de leur relation fondamentale avec Dieu. C’est ainsi que les Eglises d’ancienne implantation comme les nôtres souffrent de cette situation qui crée un désert intérieur où l’homme devient toujours plus étranger à lui-même. »

 

            Certes, la sécularisation n’est pas nouvelle. En France on la perçoit dès la fin du règne de Louis XIV. Mais elle était en quelque sorte extérieure à l’Eglise. L’homme sécularisé se marginalisait pour se porter aux frontières extérieures du peuple des croyants. Ce qui me paraît très nouveau, depuis au moins deux générations, c’est une sécularisation à l’intérieur même du peuple des baptisés. Beaucoup de chrétiens sont devenus des coquilles vides : ils n’ont aucune culture religieuse, ne maîtrisent plus le contenu de leur foi, naviguent comme des bateaux sans gouvernail, incapables de justifier de leurs convictions. Et la crise que nous vivons en occident, avant d’être financière et économique, est surtout culturelle et éthique.

            Mais comment réagir ? Il existe désormais une pensée unique dominante, un archétype comportemental « politiquement correct » qui imposent une dictature de droit et de fait. Il faut avoir une bonne dose de courage pour ne pas suivre le mouvement général et oser contester la manière de penser et d’agir du plus grand nombre quand on pense que celui-ci s’est fourvoyé. Celui qui adopte ce comportement de contradicteur au nom de sa foi se verra vite marginalisé voire traité de fanatique ou de réactionnaire. Nous le voyons bien dans le domaine de la morale lorsqu’il s’agit de défendre des valeurs jugées essentielles jusqu’à un passé très récent - et donc non contestées autrefois - et qui, par un singulier retournement de l’échelle des valeurs, seraient subitement devenues « liberticides » ! En lisant l’histoire de la Révolution je retrouve la même ambiance, les mêmes arguments contre la religion, le même ostracisme anti-chrétien, quasiment en copier-coller, à deux siècles de distance !

            Devant les énormes défis qui attendent le chrétien face à cette agressivité montante contre le message de l’Evangile, Mgr Fisichella nous rappelle quelques principes fondamentaux dont tout baptisé doit s’inspirer. Puisque l’Eglise n’existe que pour transmettre l’enseignement du Christ, le zèle à faire connaître l’évangile ne doit donc pas cesser mais redoubler. Mais il doit aller de pair avec un style de vie qui permette d’avoir envie d’être chrétien. C’est justement quand disparaît chez le plus grand nombre la recherche du sens de l’existence « en s’égarant sur des sentiers qui se perdent dans une forêt de propositions éphémères, sans en comprendre le danger » qu’il faut évangéliser. Et cette annonce de l’évangile est une invitation proposée à nos contemporains pour qu’ils prennent au sérieux leur propre vie et lui donnent son vrai sens par la rencontre personnelle avec le Seigneur Jésus.

            L’évangélisateur de notre époque doit viser d’abord à rappeler que l’évangile est la réponse à tant de questions qui taraudent l’homme. Et la nouvelle évangélisation promue par l’Eglise n’est pas différente de celle de nos pères : il suffit de « se mettre au service de l’homme pour mieux comprendre les angoisses qui l’habitent et lui proposer une issue de paix et de joie. »

            Il est donc urgent que chaque baptisé retrouve son identité chrétienne en approfondissant sa foi. Mais il faut aussi que nous retrouvions le sens de notre appartenance communautaire à l’Eglise. C’est un double mouvement parfaitement nécessaire : « en l’absence d’une identité catholique forte, à travers laquelle la conscience de sa propre responsabilité à l’égard du monde grandit, on ne peut pas comprendre l’importance de son appartenance à la communauté chrétienne. A l’inverse, sans un sens profond d’appartenance à l’Eglise, on ne pourra retrouver une identité consciente de la mission à accomplir. »

 

            On peut en effet regretter avec le prélat que chez beaucoup de catholiques la formation chrétienne se soit arrêtée au seuil de l’adolescence avec un petit catéchisme pour enfant qui a figé leurs connaissances et que leur expérience humaine a pu ensuite mettre à mal s’il n’a pas été prolongé par une catéchèse à l’âge adulte. Comment s’engager dans l’Eglise et dans le monde en l’absence d’une solide formation humaine et chrétienne ? Cette faiblesse ne serait-elle pas l’une des causes de la crise actuelle ?

            La nouvelle évangélisation à laquelle tous les catholiques sont appelés nous invite à prendre au sérieux notre formation personnelle pour un engagement cohérent, sérieux et actif au service du monde : le rôle des chrétiens en occident me paraît suffisamment important pour contribuer, si nous nous y attelons, à sortir de la crise qui nous frappe. Je ne prétends pas que nous serons capables de faire tout le boulot mais nous pourrons jouer une fonction de levier susceptible de faire bouger l’ensemble. Le Seigneur nous l’a dit, même petit troupeau, nous restons le sel de la terre et la lumière qui continue de briller dans les ténèbres. Encore faut-il avoir la volonté de saler et de briller...

ROBERT POINARD