Réponse à une lettre
Billet du Vicaire général
Chère E.D.S,
Je pense que vous vous reconnaîtrez par vos initiales personnelles. Vous m’avez envoyé ce 10 janvier 2012 une lettre que j’ai beaucoup appréciée. Vous poursuivez des études comme éducatrice spécialisée et vous avez raison de vous intéresser tout particulièrement à l’anthropologie chrétienne car, en effet, si nous ne réfléchissons jamais à la vision que nous avons de l’Homme, si nous ne considérons comme nulle la dimension spirituelle qui est en lui, nous ne pouvons avoir qu’une approche forcément limitative et très parcellaire de ce que nous sommes.
Vous souffrez, sans doute beaucoup plus que votre pudeur n’ose l’écrire, des choses insensées et aberrantes que certains professeurs vous enseignent et dont vous citez plusieurs exemples dans votre courrier tels la banalisation de certaines déviances sexuelles, la théorie du gender, l’acceptation quasiment normative de l’avortement, la justification, dans certains cas, d’une certaine forme d’eugénisme et j’en passe de pires…
Le refus de plus en plus massif de donner des prénoms du calendrier des saints pourrait être jugé anecdotique s’il ne s’accompagnait d’un refus beaucoup plus grave qui est celui de nos racines communes, ce qui est se renier soi-même. S’opposer à l’intervention d’aumôniers dans le milieu scolaire sous le prétexte que « nous sommes encore trop judéo-chrétiens » (sic) relève d’un fantasme qui en dit long sur cette culture de mort rampante. Je vois personnellement dans le rejet des racines une forme de haine de soi, une sorte d’autodestruction, une attitude suicidaire comme je l’ai écrit l’an dernier dans un précédent billet d’humeur. J’ai souvent entendu de grands psychologues et psychanalystes dire qu’il y avait là le signe évident d’une forte propension à la schizophrénie qui peut effectivement devenir une maladie collective, comme l’Histoire nous l’a enseigné.
Vous avez également raison, Chère E.D.S, lorsque vous évoquez, à travers les dérives de vocabulaire, des refus plus profonds tel celui de l’humanisme personnaliste de la tradition judéo-chrétienne. La notion de « personne » en prend un sacré coup quand l’individu n’est plus regardé qu’à travers un prisme utilitaire et de rentabilité. Or, actuellement, nos contemporains souffrent ne se ressentir que comme des rouages et non plus comme des personnes. L’enseignement de l’Eglise, notamment dans sa doctrine sociale et dans les interventions de nos papes, ne cesse pourtant de nous répéter que cela nous conduit droit dans le mur !
Enfin merci pour ce beau témoignage que vous me donnez de votre séjour comme volontaire dans un quartier musulman de Jérusalem où vous avez pu vivre le pardon et contredire l’idée que musulmans et juifs ne seraient pas capables de rechercher la paix à travers cette vertu. Partout il demeure un « petit reste » d’hommes de bonne volonté qui, transcendant leur souffrance, sont capables de lancer des ponts. Tels ce Palestinien et cet Israélien dont vous me parlez, qui ont tous deux été meurtris dans leur chair par la violence aveugle et qui vous ont dit ne plus pouvoir « vivre dans la haine de l’autre » et qui militent maintenant ensemble dans une même association. Pour pouvoir continuer à vivre il fallait en passer par le pardon. Mais n’est-ce pas l’expérience que nous sommes tous amenés à faire un jour ou l’autre ? Certains y réussissent plus vite que d’autres mais Dieu n’est pas pressé car son temps n’est pas le nôtre.
Je ne peux que vous engager à continuer à approfondir cette connaissance de l’Homme selon Dieu que vous avez si bien entamée. Elle vous permettra de vous construire dans la vérité. Ensuite vous en ferez profiter tous ceux vers qui votre métier vous enverra comme éducatrice spécialisée, et notamment auprès de ces plus petits, ces cabossés de la vie qui sont les bien aimés du Seigneur.
Avec tous mes encouragements.
ROBERT POINARD








