Rumeur, Hystérie, Peur...
Le billet du Vicaire général
En période de crise l’opinion publique sombre facilement dans l’hystérie collective. Or la rumeur est une forme d’hystérie qui peut tuer. Nous en avons eu la preuve cette semaine puisqu’une rumeur a causé la mort d’un vieillard qui s’était contenté de raccompagner en la tenant par la main une petite fille qui s’était perdue. Il a quasiment été lynché pour soupçon de pédophilie. Je ne parle même pas du prétendu « témoignage » des voisins qui ont chacun leur mot à dire, tous plus pitoyables dans l’archétype du commérage infondé et malfaisant ! On connaît ce dont est capable l’hystérie collective : le fascisme et le nazisme nous ont démontré jusqu’ou les préjugés sans fondement peuvent conduire des hommes pourtant apparemment normaux dans la persécutions des innocents.
De telles aberrations répondent à un processus bien connu des psycho-sociologues et qui s’articule autour de trois axes : simplifier, accentuer et généraliser. Autant d’attitudes qui, partant de paroles en l’air, aboutissent au déni de la vérité, à l’abdication de la raison, à l’anéantissement du simple bon sens. On ne sait plus pourquoi on a choisi un bouc émissaire mais on est tout de même persuadé qu’il doit périr !
Le fondement de telles absurdités est la PEUR. Le président de la République l’a évoqué cette semaine à Toulon à propos de la crise actuelle. La peur est l’ennemi public n° 1 de l’homme libre car elle tue toute confiance : or, dans confiance il y a foi. On ne peut plus croire en rien quand on est soumis à la peur. Et nous vivons en permanence dans un monde de peurs : on pourrait même dire que l’homme moderne croule sous la peur... peur de la pollution, des maladies, de l’insécurité, de l’étranger (la germanophobie refait surface), des cataclysmes, du réchauffement de la planète et de mille autres craintes. Notre psychisme est pollué par l’angoisse, saturé par la méfiance. Or le dicton ne proclame-t-il pas que la peur est toujours mauvaise conseillère ?
Le comble c’est que nous avons autant peur de vivre que de mourir ! Il y a quelques jours j’entendais l’assemblée, à la messe, psalmodier à tue tête « Le Seigneur est mon berger, rien ne saurait me manquer ! » et je me demandais combien de croyants dans cette foule adhéraient de cœur à ce qu’ils chantaient si ardemment...
Mon premier directeur spirituel, un vieux moine bénédictin qui est passé de ce monde dans l’autre depuis bien des années, me dit un jour à propos de mes doutes du moment : «mon petit, la foi est un saut dans le vide... toi qui es aumônier militaire tu sais bien que le parachutiste qui saute de l’avion a une confiance inébranlable dans ce qu’il porte sur son dos sinon jamais il ne sauterait... la foi est notre parachute ! »
Quelles que soient les difficultés que nous rencontrons, quelles que soient les impossibilités devant lesquelles nous nous trouvons, les coups que nous encaissons, les échecs que nous affrontons, conservons cette foi dans le Seigneur qui nous donnera pleine délivrance et nous affranchira de toutes nos peurs. Le psaume 33 nous le fait souvent répéter tant à l’office divin qu’au refrain responsorial de la messe : « Magnifiez avec moi le Seigneur, exaltons tous ensemble son nom. Je cherche le Seigneur, il me répond : de toutes mes frayeurs, il me délivre. » C’est en effet une grande grâce que d’être délivré de ses peurs...
Robert POINARD








