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Rigueur partagée...

 

Le billet du Vicaire général

poinard5            Plusieurs articles de journaux lus cette semaine ont attiré mon attention sur un aspect touchant à la doctrine sociale de l’Eglise.

            Quand on se trouve en période de vaches grasses il semble normal que les bénéfices soient équitablement partagés. En revanche, lorsqu’arrivent les années de vaches maigres il est aussi normal que tout le monde se serre la ceinture à proportion de ce que chacun peut endurer. Selon un principe d’équité, à chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins.

            Le problème de ces dernière décennies c’est qu’en période de vaches grasses l’engraissement à surtout profité à une infime minorité qui s’est gavée de superprofits tandis que les autres commençaient à ressentir l’effet fort désagréable de la ceinture qui se resserre... Voilà donc venu le temps de la « rigueur » qui impose des sacrifices.

            Il n’est pas besoin d’avoir fait de brillantes études pour savoir que la notion de sacrifice ne saurait s’imposer à la conscience nationale sans la participation de tous selon le principe évoqué plus haut : chacun selon ses moyens. Tout le monde doit mettre la main à la poche, ceci est essentiel si l’on veut obtenir un assentiment collectif, une adhésion pleine et entière de tout le peuple de France. D’autre part, en matière de sacrifice, les hauts responsables sont tenus de donner l’exemple faute de pouvoir entraîner à leur suite une lame de fond pour un assaut total, franc et massif. Le sens du bien commun se doit d’être exemplaire de la part de toute autorité : les militaires le savent bien. Quand la confiance manque dans les chefs ils ne sont pas suivis avec enthousiasme...

            Mais notre nation retombe hélas très régulièrement sous l’emprise de ses vieux démons particularistes : chaque catégorie s’estime devoir moins payer que les autres, estimant que sa part de sacrifice est proportionnellement plus importante. C’est la triste habitude bien française du regard torve dans l’assiette du voisin pour vérifier s’il n’aurait pas reçu sans qu’on le sache une ration de lentilles supplémentaires...

            On ne le répétera jamais assez : tout effort national doit être consenti par l’ensemble de la nation, sans exception, mais à proportion. Il serait désastreux que les plus petits aient le sentiment de trinquer plus que les nantis. Et dans ce registre on ne peut pas dire que notre classe politique donne forcément le bon exemple. Nos députés ont refusé cette semaine la proposition de deux courageux élus qui proposaient une diminution de 10 % de leurs indemnités, se contentant de restreindre d’un petit 3 % leur budget global. Je n’ai pas vu que la haute assemblée ait été plus téméraire. Faut-il évoquer en outre le millefeuilles des élus des collectivités territoriales, grosses consommatrices de conseillers municipaux, généraux et régionaux qui s’empilent les uns sur les autres - sans que l’on comprenne au juste si cela est vraiment utile - avec de fâcheuses conséquences sur nos porte monnaie via les impôts locaux...

            Les Etats-Unis comptent près de 310 millions d’habitants et se gouvernent avec 435 députés quand les pays européens ont en moyenne chacun un effectif qui tourne autour de 600 élus (577 pour la France et 650 pour la Grande Bretagne). Les Américains sont-il moins représentés ?

            L’Eglise rappelle que la solidarité, vertu humaine et chrétienne, s’impose à tout homme vis-à-vis de son prochain. Elle n’est ni négociable ni à géométrie variable...

Robert POINARD