Ecologie et théologie de la création
Faisant le tour des rayons d’une librairie samedi après-midi je suis tombé sur le livre récent de Pascal Bruckner intitulé « Le fanatisme de l’Apocalypse », véritable charge contre une certaine écologie totalitaire que l’on nomme outre-Atlantique la « deep ecology » dont, Dieu soit béni, nos militants verts français ne sont pas forcément les disciples - et l’on ne peut que s’en féliciter.
Il y en effet une manière de sacraliser la planète et de faire de l’homme son ennemi numéro un qui me met très mal à l’aise. Vous savez, dans le style : « la terre est si belle, dommage qu’elle soit remplie d’hommes ! ». Tout serait donc de la faute de l’homme dont l’esprit pervers n’aurait pour seul but que de scier la branche sur laquelle il est installé... C’est ce que j’appelle de l’intégrisme écologique et que Pascal Bruckner range sous la bannière d’un héritage marxiste occulte savamment dilué. Ce qui le rend d’autant plus dangereux d’ailleurs. Certains écologistes fulminent ainsi des jugements qui n’ont rien à envier aux oukases soviétiques ou aux fatwas des islamistes ! Car l’homme serait donc la première créature à abattre...
Eh bien, comme toujours, la vérité n’est pas dans ce qui est excessif. Nous autres judéo-chrétiens, avons des repères clairs dans la Parole de Dieu à travers deux textes fondamentaux que les catholiques entendent chaque année dans la liturgie, et ce n’est pas un hasard évidemment, pour Noël et pour Pâques : « Le loup habitera avec l'agneau, la panthère se couchera avec le chevreau [...] La vache et l'ourse seront au pâturage, ensemble se coucheront leurs petits. Le veau le lionceau et la bête grasse iront ensemble, conduits par un petit garçon [...]. Le nourrisson jouera sur le repaire de l'aspic ; sur le trou de la vipère, le jeune enfant mettra la main » (Isaïe 11, 1-9). Puis le début du livre de la Genèse avec la création de l’homme : « Dieu dit : Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu'il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre. Dieu créa l'homme à son image, il le créa à l'image de Dieu, il créa l'homme et la femme. Dieu les bénit, et Dieu leur dit : Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et soumettez-la. Dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre. Et Dieu dit : Voici, je vous donne toute herbe portant de la semence et qui est à la surface de toute la terre, et tout arbre ayant en lui du fruit d'arbre et portant de la semence : ce sera votre nourriture. Et Dieu vit tout ce qu’il avait fait et cela était très bon. »
Nous trouvons ainsi dans l’Ecriture Sainte l’unique vision saine de la véritable écologie conduite par une théologie de la création : l’homme a reçu une responsabilité dont il n’a su se montrer digne (d’où les conséquences néfastes du péché originel sur la création) mais il est invité à œuvrer activement pour une réconciliation entre le Créateur et les créatures dont la portée puisse atteindre tout l’univers.
Le chrétien ne nie pas qu’il y ait d’innombrables formes de violence faites à la création à travers une multiplicité d’agressions variées mais c’est justement cela qui doit le pousser à se faire l’artisan d’une réconciliation concrète et pratique entre Dieu et son œuvre, à lutter de toutes ses forces contre les effets dévastateurs du péché originel. Ce n’est pas l’homme qui est l’ennemi de la création mais bien son péché : c’est l’orgueil, la vanité, la paresse intellectuelle et spirituelle, la prétention, l’amour de l’argent qui sont les ennemis du genre humain. La Bible ne cesse de le répéter à chaque page.
Nous récusons donc cette idéologie cynique et, pour tout dire, démoniaque, qui ose parfois écrire que « l’homme est le cancer de la terre ». L’Eglise n’a de cesse, à travers sa doctrine sociale, de pousser ses fidèles à s’engager sérieusement et complètement, dans la recherche du bien de l’humanité à travers le respect de son environnement.
Le Christ lui-même est fondement de cet agir, lui qui a refusé d’instaurer son royaume par la violence mais qui a prêché un règne d’amour et de paix, de concorde et d’harmonie. Ses disciples se doivent de montrer que le salut ne concerne pas seulement l’être humain mais la création tout entière comme le rappelle l’apôtre Paul : « La création en attente aspire à la révélation des fils de Dieu ; si elle fut assujettie à la vanité - non qu'elle l'eût voulue, mais à cause de celui qui l'y a soumise, - c'est avec l'espérance d'être elle aussi libérée de la servitude de la corruption pour entrer dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu. Nous le savons en effet, toute la création jusqu'à ce jour gémit en travail d'enfantement. Et non pas elle seule : nous-mêmes qui possédons les prémices de l'Esprit... » (Rm 8, 18).
S’il en est ainsi comment se désintéresser de l’écologie authentique ?
Robert POINARD








