Moralité de la violence ? Le moindre mal...
Sous la pression de la dictature on est toujours plus ou moins en otage. D’autre part Mgr Martinelli n’est pas plus bête qu’un autre et il connaît comme moi la doctrine constante de l’Eglise sur l’utilisation des armes,doctrine lentement élaborée dès saint Augustin et sans cesse approfondie, au XIIIème siècle par saint Thomas d’Aquin puis par tous les théologiens et papes successifs depuis lors. Il en va de même pour le raid fait sur le repaire de Ben Laden qui a abouti à la mort de ce terroriste. Bref, en face de ces deux événements on ne me fera culpabiliser !
L’Eglise n’a cessé de proclamer la légitimité au recours des armes lorsque toutes les tentatives de dialogue ont échoué : peut-on parler de dialogue avec des dictateurs et des terroristes ? Quand a-t-il été possible d’établir un dialogue avec un Khadafi ou un Ben Laden ? Pouvait-on discuter avec Hitler ? La violence n’est légitime que lorsque il n’y a pas de réponse possible à une violence plus grande encore : les pompiers connaissent depuis toujours cette technique du contre-feu. Quand un violent incendie se déclare et que l’eau ne peut rien pour l’arrêter, on allume un contre-feu qui va l’empêcher de s’alimenter et le forcer à stopper.
Le « tyrannicide » qui justifie l’assassinat des tyrans, s’applique à toute forme de pouvoir injuste et dictatorial depuis les penseurs de l’Antiquité. Démosthène en faisait le modèle du parfait dévouement démocratique tandis qu'Aristote y voyait une loi de la nature. A Athènes, ceux qui tentèrent de mettre fin à la tyrannie furent considérés comme des héros par la cité et devinrent le modèle du dévouement civique. A Rome, Cicéron s'en servit pour justifier l'assassinat de César. On a vu à « Ground Zero » la population new yorkaise célébrer en héros, de la même façon, les commandos Marine américains après la mort de Ben Laden.
Dans la doctrine chrétienne un peuple possède toujours le droit de se révolter contre un souverain injuste qui ne respecte pas ses droits, hormis le cas où la révolution entraînerait pour ce peuple des dommages plus graves encore. On le voit bien, là est toute la question : à savoir si les révoltes actuelles mènent à un bien - ou à un moindre mal - plus qu’au chaos dont les populations auraient plus à souffrir encore. La déclaration des Droits de l’Homme présente le recours à la révolte contre un pouvoir tyrannique non seulement comme un droit mais comme un devoir.
Pour le terrorisme les choses sont plus claires encore : il existe un consensus international qui légitime la lutte contre cette forme de violence. La Congrégation pour la Doctrine de la Foi a récemment encore rappelé les principes essentiels du « droit de la guerre » et le problème posé par le terrorisme qui ignore toute règle : c’est un désordre dans le désordre qui nécessite d’utiliser à la fois toutes les possibilités légitimes de le combattre et d’inventer de nouveaux moyens d’action pour l’éradiquer. Là encore, contre un mal plus grand il est normal d’utiliser un moindre mal pour parvenir à ses fins.
Dans la mesure où terrorisme et pouvoir dictatorial sont des forces qui imposent leur violence aux populations civiles innocentes, au mépris de leurs droits légitimes, on peut affirmer qu’il s’agit d’un mal qui doit être combattu et cela sans avoir à se faire des nœuds au cerveau : la dignité et la liberté nécessitent forcément qu’on se batte pour elles, à moins de n’avoir aucune considération pour l’être humain. On sait ce qu’a donné le pacifisme bêlant après la conférence de Munich de 1938 : quelques mois plus tard, assuré de son impunité, Hitler déclenchait la seconde guerre mondiale. Lever l’épée contre une force injuste porte toujours ses fruits si c’est pour défendre l’Homme. Mais le glaive doit nécessairement retourner au fourreau quand la paix et la tranquillité sont assurées. Nous n’en sommes – hélas ! – pas encore là…
Robert POINARD








