Un oecuménisme pratique et efficace
Nous confondons unité et uniformité et nous pensons que l’Eglise aura enfin recousu sa tunique déchirée quand tous marcheront au pas, prieront et célébreront de la même manière. J’veux voir qu’une tête… Cette vision caricaturale n’est pas chrétienne et ne l’a jamais été, depuis les origines de l’Eglise : les communautés johanniques se distinguent des communautés pauliennes et des églises jacobites. Selon que l’on vient du judaïsme ou du paganisme, que l’on prie à Jérusalem, à Antioche ou à Corinthe, on a sans doute les mêmes convictions mais on ne les dit pas de façon identique et on ne les célèbre pas de la même manière ! Jusqu’au XVIème siècle, y compris dans notre Eglise romaine, on compte une grande diversité de rites.
On a cru longtemps que pour faire l’unité il faudrait, de manière volontariste, essayer de faire rentrer tout le monde dans le même moule. On s’aperçoit maintenant que cette méthode est vouée à l’échec. La vision de Benoît XVI me paraît à la fois beaucoup plus réaliste, beaucoup plus efficace et beaucoup plus chrétienne. Dans « Lumière du monde », le pape s’explique sur sa vision pragmatique de l’œcuménisme : « En tant que chrétiens, il nous faut trouver une base commune ; en tant que tels, nous devons être en mesure de faire entendre, dans l’époque qui est la nôtre, une voix commune sur les grandes questions, et de témoigner de la présence du Christ comme Dieu vivant. Nous ne pourrons pas établir une unité parfaite dans un délai prévisible, mais nous faisons ce qui est possible pour remplir une vraie mission et apporter un témoignage authentique, ensemble, en tant que chrétiens dans ce monde. »
Dans un monde ou les grands défis nous viennent de la confrontation avec d’autres religions, porteuses d’une autre vision de Dieu et de l’Homme, véhiculant des théologies et des anthropologies incompatibles avec notre vision judéo-chrétienne, la priorité n’est plus d’abord de nous pencher sur un rapprochement ad intra difficile à mettre en œuvre, mais bien de nous serrer tous les coudes pour faire face. J’écoutais récemment sur KTO le témoignage d’un moine orthodoxe puis d’un pasteur luthérien : le moment est venu de présenter un front uni contre toutes les formes d’agressions extérieures qui se ruent contre la foi chrétienne. Tel est bien le vœu du pape : parler d’une même voix pour répondre aux défis des grandes questions actuelles ; apporter ensemble un témoignage comme disciples de Jésus en ce monde.
L’œcuménisme le plus crédible c’est celui où je me retrouve coude à coude avec mes frères chrétiens - même ceux que j’appelle « frères séparés » avec parfois une pointe de condescendance - pour présenter avec eux à la face du monde notre unique Christ de vérité et de charité. C’est le seul domaine où nous pouvons vraiment avancer ensemble. Certes la discussion théologique pourra venir mais en son temps. L’urgence n’est plus là. Depuis l’arrivée massive d’autres religions sur le sol de la vieille Europe la convergence doit se faire dans un témoignage unique de l’unique Christ de la part de toutes les Eglises.
Je ne voudrais pas que les générations à venir viennent à nous accuser comme on le fait encore au sujet des chrétiens de Constantinople : palabrer jusqu’à plus soif sur le sexe des anges pendant que l’assiégeant est aux pieds des murs de la cité…
Robert POINARD








