La dèche...
La dèche…
On dit qu'il ne faut pas parler des choses qui fâchent. Je vais pourtant aborder un sujet sur lequel nous autres Français sommes particulièrement coincés par rapport à d'autres peuples : l'argent. En lisant les diverses revues diocésaines qui me passent par les mains je confesse mon effarement…
A quelques exceptions près, je constate, aux appels déchirants qui sont lancés par certains évêques ou économes diocésains, que l'Eglise de France est carrément dans la dèche… Ici on cède des évêchés historiques, là on ferme ou on démolit des églises, ailleurs on désaffecte les édifices qu'on ne peut plus entretenir. Bref, cela ressemble fort à une véritable débandade.
Dans ma ville de naissance, l'église paroissiale où j'ai été baptisé a été détruite : le côut des travaux de rénovation aurait coûté plus cher que la construction de la nouvelle chapelle qui lui a été préférée. Le séminaire où j'ai accompli la première partie de mes études a été vendu à un promoteur qui l'a converti en hôtel. Je me demande bien d'ailleurs ce qu'est devenue la grande et magnifique chapelle qui trônait en son centre. Cela me ferait mal au ventre d'apprendre que c'est désormais une salle de restaurant…
De petits diocèses ruraux sont quasiment en état de faillite. De gros diocèses urbains tirent la sonnette d'alarme. D'aucuns ont carrément épuisé toutes leurs ressources : après avoir vendu leur patrimoine immobilier ils ont vécu un temps sur leurs revenus financiers et se trouvent maintenant contraints à manger leur capital. D'ici quelques années plusieurs seront exsangues…
La double saignée opérée d'abord par la Révolution - qui a nationalisé les biens d'Eglise en 1790 - puis ensuite à la séparation de l'Eglise par un Etat toujours gourmand qui a opéré une seconde ponction à peine un siècle plus tard, alors que tout le XIXème avait été une longue convalescence permise grâce au Concordat napoléonien, a réduit nos diocèses à la mendicité. Qu'on ne vienne pas me ressortir les poncifs éculés : l'Eglise est riche, Rome vous aide, regardez tous ces trésors qui remplissent vos cathédrales ! D'une part les trésors ne nous appartiennent pas comme des biens dont nous pourrions user librement : ils sont un patrimoine de l'humanité et non un magot de l'Eglise. D'autre part, la majorité des catholiques de France ne savent même pas que non seulement Rome ne nous aide pas mais que c'est nous qui aidons Rome grâce au denier de saint Pierre. Et nous devons bien nous aider nous-mêmes, comme nous pouvons, et notamment avec le denier du culte, depuis 1905. Quand on observe le niveau de vie des autres Eglises européennes il n'est pas besoin d'avoir fait de savants calculs pour observer que le clergé français est le vraiment le parent pauvre. Je me souviens d'une mère qui s'était élevée contre l'entrée de son fils au séminaire. Je l'entends encore lui dire : "Tu ne vas tout de même pas devenir un traîne-misère ?". La dame ne manquait pourtant pas totalement de réalisme !
Le cas du diocèse aux armées est significatif. Beaucoup pensent, parce qu'une grande partie des aumôniers est rémunérée par l'Etat (mais pas tous) que nous roulons sur l'or. Certes le ministère de la Défense prend à sa charge le salaire de la majeure partie des aumôniers – et nous en sommes bienheureux - mais nombre de dépenses restent à la charge du diocèse aux armées. Je ne prendrai qu'un seul exemple : nous accueillons des séminaristes qui se préparent à devenir les aumôniers militaires de demain. Leur formation coûte autour de 24.000 € par an et par étudiant. Multipliez par cinq ou six, selon les années. De telles sommes ne se trouvent pas sous les sabots d'un cheval… Voilà pourquoi, même si cela paraît étrange à quelques naïfs, nous sommes obligés, comme n'importe quel autre diocèse, de vous solliciter annuellement pour le denier du culte et de faire campagne pour des dons et legs.
Je vous rassure, nous ne sommes pas – Dieu merci ! - le diocèse le plus à plaindre ; mais je compatis sincèrement à la situation catastrophique de certains évêchés de notre pays. D'ici quelques années, quand l'ampleur du désastre sera devenu massif, le réveil des catholiques français sera très dur et faute de mettre la main à la poche c'est la clé sous la porte qu'il faudra mettre.
Robert POINARD








