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La langue ne ment pas

 

La langue ne ment pas… 

 

J’ai été vivement intéressé par une émission de la chaîne HISTOIRE, instructive à plus d’un titre, et qui s’intitule « La langue ne ment pas ». On a en effet retrouvé après la dernière guerre le journal secret d’un ex-professeur d’université, juif allemand, dans lequel l’auteur se livre à une magistrale étude sur la langue nazie, cette nouvelle langue que tout le monde parle, Goebbels comme l'homme de la rue, les fonctionnaires de la Gestapo comme les juifs eux-mêmes, qui reprennent sans s'en rendre compte la langue de leurs bourreaux. Résister à la tyrannie de cette langue empoisonnée devient pour l’auteur plus important que la survie elle-même.

Les glissements dans la langue sont toujours significatifs des mutations de la pensée et si parfois les mœurs transforment le langue c’est par évolution lente. Mais il existe une manière autoritaire d’imposer une nouvelle forme de pensée en révolutionnant le langage. Ainsi à la Révolution le « salut et fraternité » des jacobins n’est rien de moins que la pénétration de la pensée des frères maçons dans la culture d’une révolution qui ira en se radicalisant au gré des « idéaux » des loges. La notion de « bien commun » est alors remplacée par « l’intérêt général » ce qui n’est pas tout à fait la même chose…Et quand les marxistes popularisent le terme de « camarade » à la place du traditionnel « monsieur » ils disent leur filiation avec les sociétés secrètes. Le « sieg heil » des nazis fait quant à lui référence au vieux clan germanique en glorifiant une race en opposition à d’autres.

De nos jours aussi, dans la langue française on voit se produire des glissements qui n’ont rien d’anodin. Certains sont instillés sournoisement et finissent par s’imposer dans une apparente douceur alors qu’ils transcrivent une pensée violente ; d’autres tentent de passer par carrément par la force de discours revendicatifs. On ne parle plus beaucoup de la France en tant que telle mais de la République. Le terme de nation est supplanté par des termes qui mettent peu à peu en valeur le communautarisme plus que la notion de peuple. Les provinces étaient devenues des régions et voilà maintenant qu’on voit naître de partout des « pays » qui réactualisent les clans et les tribus. On pourrait bien des observations dans le vocabulaire qui rend compte de la religion, de la morale familiale ou sexuelle, etc.

            Les médias sont évidemment les vecteurs non seulement de dangereux glissements sémantiques mais de véritables manipulations de la pensée. On nous distille peu à peu un langage commun que tout le monde devrait forcément accepter avec tout ce qu’il véhicule comme idéologie. La lecture des journaux, l’écoute de la radio ou de la télévision est particulièrement instructive sur tout ce qu’on essaie de nous faire gober en matière de mœurs nouvelles et aussi comme modèle d’arsenal anti-catholique…

            La langue que tout le monde parle est-elle forcément celle les chrétiens doivent utiliser ? Je crois bien, comme ce juif allemand sous le IIIè Reich, que résister à la tyrannie d’une langue empoisonnée peut être plus essentiel qu’il n’y paraît de prime abord.

 

Robert Poinard