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chapeau monsieur le cardinal

 


 Chapeau monsieur le Cardinal!

C’est un anniversaire qui est passé totalement inaperçu : il y a 400 ans Jean-Armand du Plessis de Richelieu prenait possession de l’évêché de Luçon. Il est vrai que, depuis le 19ème siècle, et notamment les romans d’Alexandre Dumas, le cardinal de Richelieu a fait l’objet d’une légende noire qui l’a longtemps présenté – et le présente encore - comme un personnage fort peu ragoûtant… Heureusement l’historiographie moderne est en train de rétablir la vérité historique.  Je laisse à d’autres le soin de faire l’apologie de l’homme d’Etat encore que j’aurais  beaucoup à dire sur le génie politique du cardinal et tout ce dont notre pays lui est redevable : sans parler de sa prophétique vision de la vocation océanique de la France qui, si elle avait été appliquée par nos rois, ferait sans doute aujourd’hui du français la première langue de la planète et de toute l’Amérique du nord un sous-continent partageant notre culture.

 Ce qui me chagrine le plus c’est qu’au sein même de l’Eglise ses mérites apostoliques ont été totalement occultés : qui se souvient que Richelieu, consacré à 22 ans évêque de Luçon, fut le premier prélat à mettre en œuvre en France – et avec quel zèle ! - les réformes du Concile de Trente ? Modèle de l’évêque tridentin Richelieu est élu député du clergé de sa province puis porte-parole de l’ensemble du clergé du royaume aux Etats Généraux de 1614-1615 : ce jeune évêque de 29 ans possède déjà un immense rayonnement parmi ses pairs et c’est ainsi que, remarqué par la Reine Mère, il va se trouver propulsé en politique au premier rang du royaume.

En seulement huit ans d’épiscopat Richelieu a accompli dans son diocèse un travail pastoral considérable : il écrit pour ses diocésains un catéchisme ou « Instruction du chrétien », il prêche, visite toutes ses paroisses, promulgue des ordonnances synodales réformatrices. D’après la tradition du diocèse de Luçon on a tout lieu de penser que la "Brève et facile instruction pour les confesseurs » publiée sous la signature de Jacques de Flavigny est en fait de sa plume. Comme en politique, la vision épiscopale de Richelieu est extraordinairement moderne : il désire que les séminaristes prennent les moyens de bien se former, que les personnes qui postulent à des bénéfices ecclésiastiques et souhaitent recevoir le sacrement de l’Ordre ne le fassent que s’ils ont entendu l’appel d’une vocation personnelle et non pour des considérations de statut social. Il prône des rencontres entre prêtres pour que les plus instruits éduquent ceux qui n’ont pas eu la chance d’avoir une bonne formation. Autant d’intuitions qui attendront le 19ème siècle pour être mises en application…

Du côté du peuple chrétien Richelieu, prélat éclairé, a surtout lutté contre les superstitions campagnardes et contre l’alcoolisme. Il s’est beaucoup attaché à rappeler leurs devoirs aux chefs de famille, comptant sur la cohésion de la cellule familiale pour maintenir une authentique vie chrétienne dans chaque foyer. Et plus tard, devenu premier ministre, il continuera de montrer son intérêt pour la vie de l’Eglise et de peser de tout son poids sur la nécessaire réforme du clergé français de son temps en soutenant les représentants de l’Ecole française de spiritualité.

Bref, Richelieu ne mérite vraiment pas la sinistre réputation dont il a si injustement fait l’objet. Comme prêtre, après quelques lectures récentes, je serais plutôt tenté de lui dire avec admiration : « chapeau monsieur le cardinal ! »

  Robert Poinard